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Ceux qui ignorent l'Histoire seront comdamnés à le revivre!La liberté d'expression: On ne peut se permettre d'ignorer ce qu'on ne nous dit pas. March 16 Discussion sur "Manger sa Vie"...devient un livre, aux éditions Quebecor
Citer le message précédent Discussion sur "Manger sa Vie"...devient un livre, aux éditions Quebecor December 08 "Manger sa Vie"...devient un livre, aux éditions Quebecor"Manger sa Vie: Comment mettre frein aux troubles de l'alimentation" devient un livre, publié aux Editions Quebecor.
Je demeure encore sous le choc. Le tout s'est fait si vite! J'espère que vous le lirez, et n'oubliez pas de me faire part de vos impressions. October 01 Steven Harper: Un plagiat qui tue?Steven Harper: Un plagiat qui tue? (petite réflexion) Les similitudes entre le discours du premier ministre d'Australie, M. Howard, prononcé le 18 mars 2003 concernant la guerre en Irak et celui de Stephen Harper en date du 20 mars 2003 sur ce même sujet, sont effectivement notables. Pourtant le problème ne se situe pas nécessairement dans cette accusation de plagiat portée à l'égard de Stephen Harper mais plutôt du contenu de ce discours datant de 2003. Le Canada avait affirmé sa position en ce qui concernait sa participation aux côtés des américains dans la campagne irakienne. Nous n'allions pas y participer. Ce qui demandait une bonne force de caractère de la part du premier ministre, Jean Chrétien, et des membres de son gouvermement. Car, rappelons-nous: le Georges W. Bush, "Commander in Chief" de la nation la plus puissante au monde avait un taux de popularité rarement atteint et pesait de tout son poids au niveau international. Que Stephen Harper, à cette époque chef de l'opposition, ait plutôt cru que le Canada devait soutenir l'action militaire des Etats-Unis, peut être discutable (comme cela le fut) mais son opinion est basée sur les données politiques, internationales de mars 2003. A cette époque, la question des armes de destruction massive en sol irakien soulevaient toujours l'inquiétude des grandes nations, et les malversations de Georges "Dubya" Bush et ses collèges (Ashcroft, Roves, Cheney, etc...) n'étaient pas encore connues de la population tant américaine, que canadienne et européenne. Le Canada a pris une bonne décision au risque des conséquences du "Commander in Chief". En ce qui concerne la supposition qu'un Stephen Harper, premier ministre, si confronté à une situation similaire en 2006, aurait entraîné les canadiens dans une guerre, j'en doute. Parce qu'en 2006, le rideau s'ouvrait de plus en plus sur la gouvernance républicaine: Eh non, il n'y avait pas d'ADM en Irak, ni de bombes sales, et Saddam Hussein aussi terrible soit-il n'avait rien à voir avec les attentats du 11 septembre 2001, et la victoire des troupes américaines en sol irakien avait plutôt ouvert une boîte de Pandorre, une boîte, qui en 2008, est toujours ouverte. Alors, est-ce que le Stephen Harper de 2006 nous aurait entraîner dans une guerre? Pas sûr May 26 Les rechutes...qu'est-ce que cela signifieLes rechutes...qu'est-ce que cela signifie
Rechute: C'est un mot qui à prime abords effraie. Qu'est-ce qu'une rechute? Qu'est-ce qui peut la déclencher?. En tout premier lieu, il est important de comprendre que les rechutes font parties du processus de traitement des troubles alimentaires et qu'on en rencontre souvent. Une rechute peut tout simplement apparaître dès que la patiente aura obtenu son congé de l'hôpital, ce qui va permettre aux médecins, psychologues, nutrionnistes...de comrendre que la jeune femme n'a fait que suivre les consignes afin, fort probablement, de pouvoir quitter l'unité des troubles alimentaires le plus vite possible. Les réhospitalisations à répétition ne sont pas un très bon indicateur en ce qui à trait au potentiel de guérison de la personne.
Une rechute peut aussi se produire n'importe quand. Très souvent, la patiente qui retourne dans son univers habituel, se sentira insécure, tentera tant bien que mal d'appliquer les stratégies qui lui auront été enseignées, et ce, avec plus ou moins de succès. La tension augmentera, graduellement. Mais comme l'anorexique et la boulimique possèdent très peu de moyens de gestion du stress, il ne sera pas étonnant que de voir revenir les anciens "patterns" : Dénutrition, laxatifs, vomissements provoqués...Mais est-ce que cela signifie que la bataille est d'ore et déjà perdue? La rechute peut aussi avoir lieu des années après que la personne ait réussi à maintenir un comportement alimentaire stable. On se demande alors ce qui a pu faire resurgir les anciens démons: L'explication la plus couramment invoquée est celle d'un important choc qui se produit dans la vie de la personne. Des exemples: Une séparation mal acceptée, le décès d'un enfant, la perte d'un emploi, les difficultés financières...Il existe encore dans le psyché de la personne ayant souffert de troubles alimentaires, cette sorte de fragilité, d'insécurité qui refera surface lorsque son univers ne présentera plus cette zone de confort qu'elle s'était progressivement construite. Si ce processus de parvenir à se créer un tel endroit n'est pas facile et demande beaucoup de travail sur soi, son effondrement peut se produire si rapidement, laissant ainsi la personne démunie, dénudée, déstabilisée. Comme tous les systèmes tendent à retrouver un état d'équilibre, il se produira exactement la même chose avec elle. Et ce seront fort probablement les mécanismes bien connus des troubles alimentaires qui resurgiront. Mais pourquoi? Parce qu'ils ne sont jamais vraiment disparus. Ils étaient encore là, silencieux. Ils auraient très bien pu ne jamais refaire surface. Mais devant une personne en détresse, qui ne parvient pas à se reconstruire un environnement de calme, ils rejoueront ce rôle qu'ils connaissent si bien, soit celui d'une sorte de bouée de sauvetage. )A POURSUIVRE
March 11 Lettre à toi
Lettre à toi Je sais...Nous avons perdu tant d’années…Tu imagines le nombre de jours que cela fait, le nombre d’heures, de minutes…Tu te souviens, au début, comme cela semblait inoffensif : Se remettre en forme était dans l’air du temps. Tu semblais apprécier les séances d’entraînement qui visaient à te renforcer, à te revigorer. Et je crois que ma conversion au végétarisme t’a plutôt fait sourire. Combien de temps allais-je pouvoir supporter toutes les contraintes qui s’en suivraient? Mais je pense t’avoir surpris. Tu ne t’attendais assurément pas à une telle persévérance de ma part, n’est-ce-pas? Mais je devine que c’est à partir de ce moment que nos visions se sont tranquillement mises à se détériorer. Je ne demandais plus, j’exigeais! Je ne discutais plus, j’ordonnais! Quant à toi, il t’a fallu suivre cette nouvelle direction…et la suivre pour les vingt années qui s’en sont suivies (mais ça, tu ne pouvais pas le savoir, et moi non plus d’ailleurs). J’entrais dans un univers inconnu, un endroit où le poids, les décomptes des calories, les exercices forcenés et la pesée régnaient en maître et roi et où il me fallait respecter ces règles. Les kilos se sont mis à fondre, et les gens se sont mis à remarquer. Tu t’en es rendu compte assez rapidement : « Comme tu es jolie » « As-tu perdu du poids? », « Tu es pas mal bonne de ne pas lâcher » etc.… C’était clair : Finalement on me voyait! Discipline et persévérance…Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai réalisé à quel point j’en étais venue à te détester. Comment avais-je pu me laisser aller de la sorte? Qui était cette personne devant le miroir : Je ne me reconnaissais plus! Mais cela allait changer. Désormais je tenais la barre et rien ne viendrait me détourner de mes objectifs. Quant à toi, tu allais devoir fonctionner aussi selon mes propres termes. Restriction et contrôle. Mais est-ce que tu peux imaginer ce que c’est que de vivre avec le dégoût en soi, avec la haine, en sachant très bien qu’on ne peut rien y changer? Je ne te voulais pas! Et je ne t’ai jamais voulu. Ni toi, ni tes rondeurs, ni tes courbes. Je dois admettre que tu as bien suivi mes exigences. Je diminuais de jour en jour, je rapetissais comme une peau de chagrin. Ton premier geste de protestation a été d’arrêter mon cycle menstruel. Mais tu ne t’imaginais tout de même pas que cela allait changer les choses, enfin, je l’espère pour toi! La perte des règles n’était pas un problème. A vrai dire, on pouvait même y trouver certains avantages. Tu réussissais à tenir le rythme. C’était la force de la vingtaine, celle de la jeunesse. Tête haute, regard droit, oui je pouvais circuler dans les boulangeries, les pâtisseries sans ressentir quoique ce soit. Parce que j’avais le contrôle, le contrôle de moi, de mes désirs, de mes besoins. J’avais pris l’habitude d’absorber quelques 90 laxatifs par jour…enfin, pas exactement à tous les jours parce que, parfois, cela me rendait si faible que tu refusais de bouger. J’étais alors bien coincée. Et puis, il y a eu la période des « coupe-faim ». Une autre fois où tu t’es opposé. Les effets secondaires de ces médicaments étaient plutôt intenses : arythmie, excitabilité… Il y a aussi eu la découverte des vomissements provoqués. Par hasard, tout simplement par hasard. Mais je pensais bien que cela calmerait tout le monde. Ce n’était pas compliqué : ce qu’on mangeait, on ne devait pas le conserver. En échange, on pouvait manger ce qu’on voulait, et avec qui on le voulait. Personne ne remarquerait plus rien. Ça en serait terminé des regards inquisiteurs et des commentaires mille fois entendus sur la pauvreté de mon alimentation. Je perdais de plus en plus le contact avec la réalité. Les gens passaient autour de moi, et je ne les voyais presque plus. Là où je me trouvais, il n’y avait plus personne, sauf toi, toi que je voulais toujours contrôler afin que tu finisses finalement par ressembler à l’image que j’avais en tête : en ligne, tout en ligne, sans courbes. Je ne ménageais pas les efforts pour y parvenir et je réalise maintenant l’enfer dans lequel tu vivais. Je faisais presque peur aux gens, qui détournaient rapidement leur regard lorsque je sortais, par exemple, dans des endroits publics. Et moi, défiante, je circulais avec la certitude qu’il n’y avait rien, que tout était parfait et sous contrôle. J’étais une jeune femme qui pesait 75lbs mais qui était persuadée qu’elle en pesait plutôt 150 et qui trouvait tout à fait normal de vouloir perdre le surplus. J’étais celle qui te traînait dans les centres commerciaux et qui s’obstinait, lorsqu’elle désirait essayer un vêtement, à toujours demander des tailles beaucoup trop grandes parce qu’elle n’arrivait tout simplement pas à percevoir adéquatement son image corporelle. Je n’avais donc aucune idée de ce à quoi tu ressemblais. Distorsion cognitive inquiétante. Les journées ont passées, toutes semblables, avec les mêmes règles, les mêmes rituels. Ces journées sont très longues, car elles n’apportent pas grand-chose de nouveau. Mais elles me réconfortaient. Si je savais qu’aujourd’hui ne serait en fait que la simple reprise du jour précédent, je n’angoissais plus. J’étais rassurée… Les années elles-aussi passent. Et toi, tu protestais de plus en plus. Tu aurais bien voulu que j’arrête tout. Tu me laissais des tas de petits signaux : le froid (j’étais toujours frigorifiée même en plein été), l’érosion de l’émail des dents, les glandes salivaires qui enflaient suite aux vomissements provoqués, des pertes de conscience (dans les toilettes de l’université où dans celles d’un restaurant quelconque). Puis tu m’as assommée avec un grand signal : 2 jours plongée dans le coma. Tu t’es souvent demandé si cet événement m’avait fait peur : La réponse est « non ». Pourquoi? Aurait-il fallu que je le sois? Je n’avais rien ressenti, et qui plus est, je n’avais aucun souvenir de l’événement. Mais j’ai pu, l’espace fugace d’un instant, voir la peur, presque la panique dans le regard des gens autour de moi. Je n’avais plus 20 ans mais plutôt 32 . Cette route que je suivais depuis des années n’allait pas s’améliorer : Au contraire. J’avais déjà en main mon billet pour l’enfer. Mais fallait-il obligatoirement que je l’utilise? Je pouvais dire « non », je pouvais tenter d’obtenir de l’aide, je pouvais aussi décider qu’il était grand temps que je réintègre le monde réel…Mais plus que tout, il me fallait cesser de te détester, de te malmener, de me battre constamment contre toi, d’ignorer tes besoins. Il me fallait rendre les armes et tenter d’établir une sorte de trêve avec moi-même, aussi imparfaite fut-elle… Je ne sais plus maintenant quels sont mes sentiments envers toi..Je pense qu’on a peut-être fini par se découvrir une zone de confort qui permet une sorte de survie. De plus, tu es le seul véhicule que j’ai depuis ma naissance, et que j’aurai jusqu’à la toute fin…Il faudrait bien que je finisse par m’y habituer. Tant d’années à tout jamais disparues…Tant de désirs brûlés, d’amours perdus…J’aimerais bien pouvoir désormais m’endormir ...et rêver…
March 04 Radio911: Emission no 2: L'enfance hyperactiveEnfance hyperactive« Maman, mon cerveau a besoin de freins! » ou les troubles de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité chez les enfants
Un peu d’histoire : Le trouble de déficit d’attention/hyperactivité est observé et étudié depuis plus de 100 ans. Ce n’est donc pas quelque chose de nouveau. Et sachez que plusieurs grands personnages de l’Histoire auraient eu ce trouble : Albert Einstein, le président Roosevelt, Churchill (et peut-être aussi un certain Sarkozy!) C’est un certain Sir Georges Still, pédiatre anglais que revient le crédit d’avoir effectué une première description clinique des déficits d’attention et de l’hyperactivité. En 1902 il a observé une vingtaines d’enfants qui présentaient des comportements dérangeants. Ces enfants adoptaient un modèle impulsif motivé par le fait qu’il y aurait une gratification immédiate sans se soucier des conséquences. Les enfants qui avaient ce genre de comportement avaient aussi des difficultés liées à l’apprentissage. De plus, on notait un déficit de ce qu’on pourrait appeler du « contrôle moral ». Il a aussi remarqué que ces enfants semblaient avoir subi des atteintes au cerveau comme des lésions, des traumatismes, des encéphalites. Au cours de ces années 1900-1925, les causes qui permettraient d’expliquer ces comportements différents seraient d’ordre physiologique, soit une atteinte au cerveau.. De 1925 à 1960, la majorité des auteurs associaient l’hyperactivité et la distractibilité à une atteinte au cerveau. Mais c’est au cours des années quarante qu’on a fait la découverte que des stimulants pouvaient agir sur le comportement et le rendement scolaire de ces enfants « hyperactifs ». Ils seraient plus calmes. Le trouble se définit mieux : faible attention et concentration, grande fluctuation dans la performance, de l’impulsivité et une incapacité à tolérer un délai de gratification, irritabilité, faible tolérance à la frustration, et tout cela se reflète dans les résultats académiques…..Commencez-vous à reconnaître votre petit bout de chou? Les dernières années ont démontré que le « trouble de déficit d’attention et de l’hyperactivité » (TDAH) est le syndrôme le plus fréquemment diagnostiqué chez les enfants d’âge scolaire et il compte parmi les mieux étudiés de tous les désordres psychologiques de l’enfant. Et les recherches se poursuivent toujours dans le domaine des neurosciences, de même que dans les sciences du comportement. Un consensus international, formé de 86 scientifiques en provenance de dix pays, experts dans les champs de la psychologie, de la psychiatrie, de la neurologie, a émis une déclaration ayant pour objectif d’informer la population sur des certitudes établies par d’abondantes preuves scientifiques. Les voici : 1- Le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité est reconnu comme un problème médical réel; 2- Pour la plupart des personnes atteintes, cette dysfonction cérébrale cause des problèmes dans le développement ainsi que dans le déroulement des activités quotidiennes, tout comme dans le mode de vie, les relations personnelles, la vie familiale, le rendement scolaire, l’autonomie, la capacité de subvenir à ses propres besoins ainsi que l’adaptation à des normes sociales Il y a donc une déficience dans l’inhibition du comportement excessif et une faible capacité de concentration. La personne présente une anomalie dans sa capacité de maîtriser ses réactions et de maintenir son attention 3- On a aussi identifié un facteur neurologique, à l’aide de nouvelles techniques d’imagerie cérébrale, ce qui a permis de constater qu’en comparaison avec des personnes non atteintes par le syndrôme, certaines parties du cerveau dans la zone frontale chez les gens atteints sont de plus petite dimension et démontrent une activité électrique moindre. 4- La génétique joue un rôle dans le problème, en plus de la transmission par hérédité : on a déjà identifié certains gènes. Ainsi donc, avec toutes ces recherches qui se sont faites au travers du monde entier, on s’entends pour dire : 1- On dépiste le TDAH partout dans le monde, dans toutes les cultures, dans toutes les nationalités et dans toutes les classes sociales. 2- Le syndromes se révèle dans tous les groupes d’âge, enfants ados, adultes sans égard au quotient intellectuel 3- Ce trouble touche beaucoup plus les garçons que les filles. En fait, on devrait dire qu’on détecte un TDAH plus rapidement chez les garçons que chez les filles p.c.q. les comportements, l’impulsivité sont plus facilement observables. 4- Le TDAH se poursuit très souvent dans l’adolescence. A l’âge adulte, environ 30% des personnes ayant un TDAH vont présenter des symptômes d’inattention et d’impulsivité.
Mythes et réalité Bien des mythes persistent quand on parle du trouble de déficit de l’attention et de l’hyperactivité. Et il devient difficile de différencier ce qui est vrai de ce qui est faux. Souvent, on ne sait pas qui croire. Le meilleur moyen demeure donc une information pertinente. a) Le TDAH est un symptôme de troubles affectifs : FAUX Sans avoir nécessairement ciblé une cause unique, les chercheurs s’entendent par contre pour dire que le TDAH n’est pas dû à des dysfonctionnements familiales ou à des troubles affectifs. Par contre, il semble de plus en plus évident que les problèmes d’ordre familial (mésententes, séparations…) et économiques (pauvreté, chômage…) augmentent le risque que des problèmes comportementaux (agressivité) et émotionnels s’ajoutent à l’hyperactivité. Tout comme il est clair qu’un milieu familial affectueux et tolérant, dans lequel les parents s’intéressent de près à l,enfant, diminuera la probabilité que ces complications surviennent. b) L’enfant qui présente un TDAH est paresseux et manque de motivation : FAUX Il faut comprendre que lorsqu’on présente un TDAH, maintenir son attention sur une longue période de temps demande un effort immense. On se fatigue alors très vite et on finit souvent par abandonner au bout d’une courte période de temps. Ce n’est donc pas par manque d’efforts ou de volonté mais plutôt par manque de capacité. L’effort que l’enfant doit fournir pour maintenir son attention et pour rester concentré sans se laisser distraire est problématique. c) Le TDAH est le résultat d’une mauvaise éducation : FAUX Beaucoup de parents croient en effet que le trouble résulte d’une mauvaise éducation. Ils en arrivent à cette conclusion en se rendant compte que leur enfant ne suit pas les règles aussi facilement que les autres enfants. Or c’est faux et ne fait qu’ajouter au sentiment d’impuissance et de culpabilité que ressentent déjà les parents. Les enfants présentant un TDAH ont beaucoup de difficulté à se maîtriser. C’est un déficit important qui les empêche de respecter les règles de conduite. d) Le TDAH se résorbe à l’adolescence : FAUX Il est faux de croire que le trouble va disparaître avec l’adolescence, car en fait, environ 50% des enfants qui le présentent continuent d’en avoir les symptômes à l’âge adulte. Il est vrai, par contre, que d’autres enfants verront leurs symptômes diminuer de façon significative à l’adolescence, en particulier l’agitation. Il faut aussi mentionner que la voie scolaire choisie au secondaire peut modifier les perceptions, l’impact des symptômes pouvant être beaucoup moins important dans certains programmes. Par exemple, un jeune qui choisit un programme dans lequel le travail manuel et concret est ciblé, peut voir ses difficultés d’attention sur ses apprentissages diminuer car ce type de programme est souvent mieux adapté à ses compétences. e) Un enfant qui peut regarder la télévision ou jouer à un jeu vidéo pendant des heures sans se lasser ou se laisser distraire ne peut avoir un TDAH. FAUX La télé et les jeux vidéo sont des activités très stimulantes qui répondent justement au besoin d’action des jeunes présentant ce trouble. C’est pourquoi ils peuvent passer beaucoup de temps pour ce genre d’activités alors que pour d’autres qui sont moins stimulantes, comme les jeux de société ou le dessin, ils ne peuvent rester attentifs qu’un certain temps. f) Le TDAH est toujours accompagné de retard au niveau des apprentissages : FAUX Il est vrai que certains jeunes présentant ce trouble finissent par éprouver des difficultés d’apprentissage. Mais ces difficultés sont souvent dues au retard scolaire accumulé en raison de difficultés d’attention ou de comportement. En d’autres mots, ces enfants sont intelligents, capables d’apprendre comme les autres.
Pourquoi bouge-t-il autant? Pourquoi a-t-il l’esprit ailleurs?
« Papa, maman! C’ est pas de ma faute si j’écoute pas. C’est pas ma faute si je dérange tout le temps. C’est pas de ma faute si j’ai la bougeotte. C’est pas de ma faute, ils sont toujours sur mon dos » Et vous savez quoi? C’est vrai, ce n’est pas de sa faute mais vous constatez quand même que votre enfant : - Déborde d’énergie : une véritable tornade - Se laisse distraire, a de la difficulté à se concentrer - Récolte des résultats scolaires qui ne reflètent pas ses capacités intellectuelles - Présente certains troubles du comportement en situation de groupe (classe, récréation, équipe sportive) A besoin qu’on s’occupe continuellement de lui Ce qui est aussi vrai, c’est que ce n’est la faute de nous, parents. Mais il est certain qu’on se demande : - Pourquoi mon enfant est-il différent des autres? - Va-t-il un jour arrêter de bouger autant? - Va-t-il réussir à l’école malgré ses difficultés? - Deviendra-t-il un adulte accompli et équilibré en dépit des obstacles? - Suis-je un bon parent?
Qu’est-ce qui cause ce désordre neurologique? On a présenté un peu l’historique du TDAH plus haut. Ce qu’on sait aujourd’hui c’est que cette difficulté à conserver le contrôle de soi est causé par une anomalie située dans les mécanismes qui servent à inhiber le comportement et à soutenir l’attention. Inhiber, c’est retenir, c'est-à-dire sélectionner, ralentir, écarter ou arrêter ses mouvements, selon les priorités, les besoins ou les circonstances, parfois en une fraction de seconde. Le cerveau se compose d’environ 100 milliards de cellules nerveuses qu’on appelle « neurones », en relation les unes avec les autres par des millions de connexions. Ces cellules sont regroupées dans des zones distinctes et forment des centres de contrôle raffinés de nos diverses habilités. Dans les lobes frontaux, situés juste au dessus des yeux, derrière le front, se prennent les décisions pour tout ce qui affecte l’attention, l’utilisation de la mémoire à court terme, l’intensité des émotions et du mouvement, la planification, l’organisation et la conscience de soi. L’information circule dans le cerveau par les neurones qui communiquent entre eux en libérant des substances chimiques qu’on appelle « neurotransmetteurs ». D’abord, une cellule libère ces substances en réponse à une impulsion électrique; par la suite, ces substances, des genres de messagers chimiques, voyagent dans une synapse (qui est un mince espace entre les neurones puis sont captées par un récepteur à la surface d’un autre neurone et ainsi de suite, de telle sorte que l’influx nerveux se propage dans le cerveau. 1- Chez les personnes atteints du TDAH, il y a une imperfection dans ce processus chimique et dans l’anatomie du cerveau. Les images obtenues grâce aux technologies de pointe de l’imagerie cérébrale révèlent une activité électrique moindre et une réduction de la taille de certaines parties des lobes frontaux. 2- De plus, on a pu observer un déséquilibre chimique dans le transport de deux neurotransmetteurs : soit la dopamine et la noradrénaline, ce qui provoque un ralentissement dans la transmission de l’information. En interaction avec d’autres systèmes indispensables du cerveau, la dopamine joue un rôle-clé dans plusieurs fonctions essentielles à la survie : . La gestion de la recherche du plaisir (rire, côtoyer des êtres chers, manger de bonnes fraises) et des sensations (la faim par opposition à la satiété) . Le contrôle des mouvements du corps (coordination harmonieuse des gestes des mains) . le maintien de l’attention et de la concentration . la modération dans les résultats d’impulsivité (par exemple l’enfant jouit d’un bref instant de réflexion avant de donner un coup de poing à un camarade) . la motivation, l’apprentissage et la mémorisation Pour sa part, la noradrénaline, source d’énergie et d’intérêt sert à conserver un état de vigilance et d’alerte indispensable pour réagir à la nouveauté, à l’imprévu, au stress et à l’effort, dans les événements mineurs et majeurs de la vie. Par exemple, il faut s’adapter au fait qu’une personne s’assoit à la place qu’on a l’habitude d’occuper. Ce processus complexe, repéré par les recherches génétiques, en neuropsychologie, en pharmacologie et en neurobiologie montre que ce phénomène n’est pas déclenché par la personnalité du parent, ni par le caractère, la maturité ou la bonne volonté de l’enfant. Il s’agit d’un problème physique permanent qui, bien que ne pouvant pas se guérir, peut se maîtriser. En raison de la nature même de ce désordre, le monde médical considère l’enfant neurologiquement inattentif et hyperactif comme un jeune qui a des handicaps cachés et qui a besoin d’aide. Je trouve très important de répéter qu’il ne s’agit pas d’un manque de volonté de la part de l’enfant atteint du TDAH, et cela même lorsque ses comportements peuvent finir par nous exaspérer.
La description du TDAH Il y a 3 caractéristiques principales : 1) Une attention relâchée : l’enfant éprouve de la difficulté à soutenir la qualité de son attention et à la moduler d’une façon appropriée, du début à la fin d’une tâche ou d’une activité. Malhabile à sélectionner l’information pertinente, il se laisse captiver par tout ce qui l’entoure, par tout ce qui bouge, c’est-à-dire par autre chose que l’essentiel du moment présent. Il renvoie l’image de quelqu’un qui n’écoute pas même lorsqu’on s’adresse directement à lui. Il oublie ce qu’il a à faire et ce qu’on lui dit. Il égare souvent ses objets personnels même ceux qu’il affectionne. Le sens de la planification et de l’organisation dans ses affaires ne fait pas spontanément partie de sa nature. Toutefois, s’il est motivé par une activité intéressante, il peut réussir à se concentrer longtemps. Voici un exemple, de la façon dont un enfant ayant un TDAH peut organiser ses pensées : il se produit les trois événements suivants : un autobus passe dans la rue, devant la fenêtre de la classe, une petite fille échappe son crayon et le professeur, à l’avant, est en train de donner les consignes pour une activité à venir. L’enfant n’ayant pas de TDAH saura prioriser l’importance qu’on doit accorder aux événements en question et comprendra très bien que le plus important est d’écouter les consignes du professeur, tandis que l’enfant ayant un TDAH se laissera distraire et justement, ne saura pas mettre les événements en ordre de priorité. Autre exemple cette fois-ci relié à la gratification dans une période de temps déterminée. On promet d’accorder une récompense assez importante si l’enfant accepte de faire certaines tâches au cours de la fin de semaine. On offre aussi une seconde possibilité, soit de lui donner une récompense à chaque fois qu’une des tâches est achevée. Même si l’enfant qui a un TDAH réalise qu’il obtiendrait beaucoup plus s’il acceptait de recevoir sa récompense une fois les travaux terminés, il y a de très fortes chances qu’il choisisse la solution no2 tout simplement parce que la notion de « temps » lui échappe, et que l’attente est un sentiment qu’il ne contrôle pas. 2) De l’impulsivité verbale, motrice et sociale L’enfant parle et agit souvent avant de réfléchir. Il se dépêche de réagir sans se soucier de la qualité de son action ou de ses relations avec les gens. Il ne perçoit pas le lien entre les actes qu’il pose et leurs conséquences. Il a de la difficulté à attendre. Par exemple : En ce qui concerne l’impulsivité verbale, le jeune peut passer des commentaires irréfléchis, parfois même désobligeants à haute voix. Il coupe souvent la parole aux autres; en classe, il répond avant la fin de la question, bavarde avec son voisin de gauche et puis celui de droite, puis celui de derrière, ou en s’exprimant avec bonne humeur sur ce que son enseignante s’affaire à expliquer aux élèves. C’est pourquoi, très souvent les professeurs vont essayer de placer l’enfant hyperactif le plus loin possible des distractions potentielles, soit très souvent au premier rang, devant le bureau de l’enseignante. Il est certain que certains comportements vont, avec le temps, s’améliorer et cela dû aussi à la pression des pairs. Car même si l’enfant ayant un TDAH ne comprend peut-être pas toujours pourquoi il ne peut pas parler quand ça lui tente, le fait de voir ses camarades respecter les consignes lorsqu’ils désirent parler, peut finir par l’inciter à tenter de les imiter. En ce qui concerne l’impulsivité motrice, on constate que le jeune délaisse rapidement une activité pour une autre; il a tendance à courir des risques sans se soucier du danger il peut être brusque dans ses mouvements. Par exemple : l’enfant peut sortir du véhicule dans un grand stationnement et s’élancer vers le magasin sans regarder autour de lui et surtout, sans attendre ses parents qui le lui avaient pourtant donner la consigne de les attendre avant d’entrer dans le magasin. Quant à l’impulsivité sociale, on note que le jeune manque de sensibilité pour décoder correctement les messages en provenance d’autrui. Cela affecte ses habiletés à entrer en contact et surtout à réussir à maintenir des relations d’amitié. Trop envahissant et accaparant, ce ne sont pas tous les enfants qui sont capables de s’ajuster à de tels comportements. Notre petit enfant atteint du TDAH change donc souvent d’amis et il en sera de même tant qu’il n’arrivera pas à maîtriser ses comportements impulsifs. Et très souvent, là-aussi la pression des pairs pourra avoir un effet positif sur l’enfant et son adaptation. Là-aussi, sans nécessairement bien comprendre le pourquoi, l’enfant peut finir par réaliser que certains comportements peuvent lui causer plus de problèmes qu’autre chose. L’amélioration de ses rapports avec les autres va pouvoir servir de renforcement positif. 3) De l’hyperactivité L’enfant bouge exagérément, surtout avec ses mains, ses pieds ou sa sa bouche (paroles, ou des sons), souvent sans raison et partout où il passe (maison, école, même dans son sommeil). C’est ce qu’on appelle « l’agitation motrice. L’intensité de son expression varie selon les situations dans lesquelles il se trouve : Il s’excitera beaucoup plus lors d’une grande fête que dans sa routine. Nous allons donc nous arrêter ici pour cette semaine et je vous convie donc la semaine prochaine pour la suite de la découverte de ce qu’est un TADH et des différentes façons qui peuvent être utilisées pour faciliter tant la tâche des parents que celle des enfants.
Le contenue de l’émission, comme à l’accoutumé, sera mis en ligne au courant de la semaine au www.mcdeseve.spaces.live.com Vous pouvez aussi me faire parvenir vos commentaires, questionnements, suggestions par courriel au mcdeseve@hotmail.com A très bientôt
February 11 Radio911L Emission no 1 sur le trouble de déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (1ere partie)Radio911, emission no 1 sur le trouble du déficit de l'attention, avec ou sans hyperactivité
Emission no 1: Introduction 1er partie Le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) a été décrit cliniquement dès le début du XXe siècle. Mais ce trouble a probablement toujours existé, d'après les experts. Depuis, il a connu plusieurs dénominations: du syndrome de l'enfant hyperactif (première apparition dans le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders en 1968), en passant par le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (1980) et le trouble d'hyperactivité avec déficit d'attention ou THADA (1987).
Aujourd’hui, on utilise les termes déficit de l'attention avec hyperactivité (DAAH) ou trouble de déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), adopté en 2000 au Québec, que nous avons retenu pour cette fiche
Le TDAH est un syndrome neurocomportemental qui comporte deux ou trois caractéristiques principales : inattention, hyperactivité et impulsivité. Ces comportements, que l’on peut retrouver chez tous les êtres humains, doivent être présents de façon prononcée et prolongée chez un enfant pour que l’on soupçonne un TDAH. Aussi, ils doivent se retrouver dans toutes les circonstances de la vie de l'enfant (pas uniquement à l’école ou uniquement à la maison, par exemple). L’hyperactivité et l’impulsivité sont en général plus accentuées chez les garçons que chez les filles. Chez la vaste majorité des enfants, le TDAH a une origine neurologique. Les experts sont formels à ce sujet : il n’est pas causé par des besoins affectifs non comblés ou des problèmes psychosociaux. Il est généralement diagnostiqué entre quatre ans et six ans. Les enfants qui souffrent de TDAH ont des comportements difficiles avant leur rentrée à l'école, souvent dès l'âge de deux ans. Prévalence Il s’agit du trouble neurocomportemental le plus fréquent chez les enfants : de 5 % à 10 % d’entre eux en seraient atteints. On a longtemps affirmé que sa prévalence était plus élevée chez les garçons. Cependant, les études les plus récentes ne relèvent pas de distinction entre les sexes. Le TDAH persiste à l'âge adulte chez la majorité des enfants qui en sont atteints. On estime qu’environ 4 % des adultes souffrent du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité1. Cela dit, il arrive que les symptômes s’atténuent à l'adolescence. Parfois, le TDAH est diagnostiqué seulement à l'âge adulte.
Diagnostic Il n’existe pas de test neurologique ou psychologique qui, pris isolément, permette de diagnostiquer la maladie. Le médecin dresse donc un portrait d’ensemble, qui comprend les symptômes et les résultats à divers tests. Selon les critères fournis par l’Association américaine de psychiatrie, on doit observer six symptômes ou plus d’inattention ou six symptômes ou plus d’hyperactivité ou d’impulsivité (voir la section Symptômes)2. Lorsque nécessaire, l’enseignant évalue lui aussi le comportement de l’enfant en répondant à un questionnaire, par exemple, le questionnaire de Conners, qu’il transmet ensuite au médecin, ce qui aide ce dernier à poser un diagnostic. Il est important... que certains symptômes soient présents avant l’âge de sept ans. qu’ils se manifestent autant à la maison qu’à la garderie (crèche) ou à l’école, bien que leur intensité puisse varier d’un lieu à l’autre. que les symptômes se manifestent depuis au moins six mois. Causes Le TDAH est une maladie complexe. Il est rarement possible de découvrir une cause précise. Les chercheurs ont observé que, chez les enfants ou les adultes atteints du TDAH, les zones cérébrales responsables de l'attention, du sens de l'organisation et du contrôle des mouvements s’activent différemment. Ils ont aussi noté un déséquilibre dans les taux de certains neurotransmetteurs dans le cerveau, comme la dopamine et la noradrénaline. Des facteurs héréditaires contribueraient au TDAH chez plus de la moitié des personnes qui en sont atteintes. En effet, on remarque que la plupart des enfants atteints du TDAH ont au moins un membre de leur famille qui en souffre aussi. Un tiers des hommes ayant des antécédents de TDAH ont des enfants qui en sont atteints à leur tour. Lors d’études menées sur de vrais jumeaux, des chercheurs ont découvert que lorsqu’un jumeau est atteint du TDAH, dans 80 % des cas, l’autre l’est aussi3. D’autres facteurs ont été identifiés. Par exemple, l’exposition à certaines substances toxiques (alcool, biphényles polychlorés ou BPC, plomb, etc.) durant la vie foetale expliquerait de 10 % à 15 % des cas3. Un manque d’oxygène à la naissance ou d’autres complications liées à la naissance expliqueraient de 3 % à 5 % des cas3. Voir les sections Personnes à risque et Facteurs de risque pour en savoir plus.
Troubles associés Plusieurs enfants atteints du TDAH ont aussi l’un ou l’autre des troubles suivants. Trouble oppositionnel avec provocation. Attitude hostile, méfiante et négative devant les figures d'autorité qui tend à se manifester plus fréquemment chez les enfants impulsifs et hyperactifs. Troubles de conduite. Comportement antisocial profond qui peut se traduire par le vol de biens, la recherche du combat et un comportement généralement destructeur envers les humains et les animaux. Dépression. Souvent présente, la dépression résulte du rejet que l’enfant vit parce qu’il n’arrive pas à se contrôler. Il souffre souvent d’une pauvre estime de lui-même. La dépression peut apparaître autant chez l'enfant que chez l'adulte atteint du TDAH — surtout si d'autres membres de la famille en ont souffert. Troubles anxieux. Anxiété et nervosité excessives qui s'accompagnent de divers symptômes physiques (accélération du rythme cardiaque, transpiration, vertiges, etc.). Troubles d'apprentissage. Environ 20 % des enfants atteints du TDAH ont des retards de développement du langage et de la motricité fine (écriture) et ont besoin d'une éducation spécialisée.
Les trois principales caractéristiques du TDAH sont l'inattention, l'hyperactivité et l'impulsivité. Elles se manifestent comme suit, avec une intensité variable. Chez l’enfant Inattention Une difficulté à être attentif de façon soutenue à une tâche ou une activité particulière. L’enfant est facilement distrait. Cependant, s’il porte un grand intérêt pour une activité, il contrôle mieux son attention. Des erreurs de distraction dans les devoirs scolaires, les travaux ou les autres activités. Une difficulté à débuter et à terminer ses devoirs ou ses autres tâches. Une tendance à éviter les activités qui nécessitent un effort mental soutenu. Une impression que l’enfant ne nous écoute pas lorsqu’on s’adresse à lui. Une difficulté à retenir les consignes, malgré qu’elles soient comprises. Une difficulté à s’organiser. La perte fréquente d’objets personnels (jouets, crayons, livres, etc.). Hyperactivité Une tendance à remuer souvent les mains ou les pieds, à se tortiller sur sa chaise. Une difficulté à rester assis en classe ou ailleurs. Une tendance à courir et à grimper partout. Une tendance à parler beaucoup. Impulsivité Une tendance à interrompre les autres ou à répondre à des questions qui ne sont pas encore terminées. Une tendance à imposer sa présence, à faire irruption dans les conversations ou les jeux. Une difficulté à attendre son tour. Un caractère imprévisible et changeant. Des sautes d'humeur fréquentes. Autre symptôme L’enfant peut être très bruyant, antisocial, voire agressif, ce qui peut générer de l’isolement. Chez l’adulte Les principaux symptômes que sont l'inattention, l'hyperactivité et l'impulsivité s’expriment différemment. L’adulte atteint de TDAH mène une vie plutôt chaotique. Moins d’hyperactivité physique que durant l’enfance. L’immobilité génère une tension interne et de l’anxiété. Une recherche de sensations fortes (par exemple, dans les sports extrêmes, la vitesse ou le jeu compulsif). Une faible capacité de concentration. Une difficulté à s’organiser au quotidien et à long terme. Une difficulté à terminer des tâches. Des sautes d’humeur. Un caractère colérique et impulsif (s’emporte facilement, prend des décisions impulsives). Une faible estime de soi. Une difficulté à gérer le stress. L’anticipation des échecs. Une difficulté à tolérer la frustration. Peu de stabilité, tant dans la vie de couple qu’au travail.
Les enfants ayant des antécédents familiaux de TDAH. Les enfants ayant eu un violent choc à la tête. Les enfants ayant eu une méningite d’origine bactérienne. Les enfants nés prématurément. Divers facteurs, dont le poids à la naissance, influenceraient le risque d’être atteint du TDAH4,5. Les enfants nés prématurément seraient aussi plus sujets aux troubles d’apprentissage. Un manque d’oxygène au moment de la naissance. Radio911: Emission no sur le trouble de l'attention avec ou sans hyperactivité (2e partie)Radio911, Emission no 1 : l'enfance à haute vitesse , (2e partie)
Facteurs de risque
La consommation d’alcool ou de drogues durant la grossesse. Certaines études laissent entendre que l'abus d’alcool et l’absorption de drogues par la mère durant la grossesse peuvent réduire la production de dopamine chez l'enfant6. Le tabagisme de la mère durant la grossesse. Le lien n’est pas clairement établi, mais plusieurs études laissent croire que les femmes enceintes qui fument courent plus de risque d'avoir un enfant atteint de TDAH6. L’exposition aux BPC (biphényles polychlorés), au plomb ou à d’autres substances toxiques durant la vie foetale. Ces produits ont été abondamment utilisés dans le secteur industriel avant les années 1980. De nos jours, leur usage est beaucoup moins répandu en raison de leurs conséquences néfastes sur la santé. Ces produits s’accumulent dans l’environnement. Une intoxication au plomb durant l’enfance. Les enfants sont particulièrement sensibles aux effets neurotoxiques du plomb. Ce type d’intoxication est cependant rare au Canada.
Peut-on prévenir?
Il n’existe pas de traitement curatif. L’objectif de l’intervention est d’atténuer les conséquences du TDAH chez l’enfant ou l’adulte, c’est-à-dire ses difficultés scolaires ou professionnelles, ses souffrances liées au rejet qu’il subit souvent, sa faible estime de soi, etc. Créer un contexte qui permettra à la personne atteinte du TDAH de vivre des expériences positives fait donc partie de l’approche préconisée par les médecins, les psychoéducateurs et les orthopédagogues. Les parents jouent un rôle crucial. En effet, bien que de nombreux professionnels accompagnent l’enfant et la famille, « les parents demeurent les "thérapeutes" les plus importants pour ces enfants », affirme le Dr François Raymond, pédiatre7. Il n'est pas facile d'établir un diagnostic de TDAH, car les mêmes symptômes peuvent résulter de troubles divers en rapport plus ou moins étroit avec le TDAH. Par conséquent, le diagnostic de TDAH reposera sur une évaluation approfondie de l'enfant et de son milieu de vie. Le médecin s'intéresse d'abord à son développement psychomoteur. La consultation se fait en présence des parents qui seront invités à dresser un historique du développement de l'enfant. Des tests psychologiques et neuropsychologiques peuvent aussi être utiles afin d'évaluer le quotient intellectuel et le potentiel d'apprentissage scolaire de l'enfant. Ce dernier est finalement interrogé sur ses difficultés actuelles. Les parents, aidés du médecin et d’autres professionnels, doivent aussi se pencher sur ces questions : -En classe, l’enfant vit-il un problème d’attention ou d’intérêt? Médication Voici les types de médicaments utilisés. Ils ne sont pas toujours nécessaires. En discuter avec son médecin. Le méthylphénidate (Biphentin®, Concerta®, PMS-Méthylphénidate®, Ritalin®, Rilatine®) est le médicament de loin le plus employé en cas de TDAH. Il ne traite pas le trouble et n’en prévient pas la persistance à l’âge adulte, mais il en réduit les symptômes tant que la personne est en traitement. Paradoxalement, ce stimulant léger du système nerveux central apaise l'enfant, améliore sa concentration mentale et lui permet de vivre davantage d’expériences positives. On observe souvent une amélioration des résultats scolaires. Les relations sont aussi plus harmonieuses avec les parents et les amis. Chez certains enfants, ces effets sont spectaculaires. En général, on ne prescrit pas de méthylphénidate avant l'âge scolaire. Il arrive néanmoins qu’on l’envisage chez des enfants plus jeunes. La dose varie d’un enfant à l’autre. Le médecin l’ajuste en fonction des améliorations observées et des effets indésirables (des problèmes de sommeil, une perte d’appétit, des maux de ventre ou des maux de tête, des tics, etc.). Les effets indésirables ont tendance à s’atténuer avec le temps. Si la dose est trop forte, l’enfant deviendra très calme et il fonctionnera au ralenti. Un réajustement de la dose est alors nécessaire. Dans la majorité des cas, le médicament est pris deux ou trois fois par jour : une dose le matin, une autre le midi, et au besoin, une dernière en après-midi. Le méthylphénidate est également offert sous forme de comprimés à longue durée d’action, à prendre une seule fois par jour, au matin. Il faut savoir que le méthylphénidate ne crée aucune accoutumance physiologique ou psychologique.
D’autres médicaments peuvent être employés, au besoin, comme des dérivés de l’amphétamine (Adderall®, Dexedrine®). Les effets de l’amphétamine, autant thérapeutiques qu’indésirables, ressemblent à ceux du méthylphénidate. Certains enfants réagissent mieux à une classe de médicament qu’à une autre. Un médicament non stimulant, l'atomoxétine (Strattera®), réduirait aussi les principaux symptômes d'hyperactivité et d’inattention causés par le TDAH. L’un de ses intérêts est qu’il n’influencerait pas la qualité du sommeil. Il permettrait aux enfants de s’endormir plus rapidement et d’être moins irritables, comparativement aux enfants qui prennent du méthylphénidate. Il réduirait aussi l’anxiété chez les enfants qui en souffrent. Enfin, l’atomoxétine peut être une solution de rechange pour les enfants chez qui le méthyphénidate provoque des tics. L'enfant doit être revu deux à quatre semaines après le début du traitement puis à intervalles réguliers de quelques mois. Chez l’adulte, le traitement est semblable, mais les doses sont plus élevées. Des antidépresseurs peuvent parfois être utiles.
Approche psychosociale Diverses interventions aident l’enfant, l’adolescent ou l’adulte à contrôler leurs symptômes. Il existe une foule de trucs qui aident, par exemple, à améliorer l’attention et à réduire l’anxiété que le TDAH peut engendrer. Ces interventions incluent : des consultations avec un psychoéducateur, un orthopédagogue, un psychologue; une thérapie familiale; un groupe de soutien; une formation pour aider les parents à s'occuper de leur enfant hyperactif. On obtient les meilleurs résultats quand les parents, les enseignants, les médecins et les psychothérapeutes travaillent de concert. Voici quelques conseils pratiques Étant donné que l'enfant hyperactif a des problèmes d'attention, il lui faut des structures claires pour favoriser ses apprentissages. On doit s'assurer qu'il exécute adéquatement ses tâches. Comme son attention se disperse facilement, mieux vaut lui confier une seule tâche à la fois. Si la tâche — ou le jeu — est complexe, il est préférable de la décomposer en étapes faciles à comprendre et à réaliser. L'enfant hyperactif est particulièrement sensible aux stimuli extérieurs. Le fait d'être en groupe ou en présence d'une personne agitée ou impatiente peut, par exemple, agir comme élément déclencheur. Pour l'exécution des devoirs scolaires et autres tâches diverses, il est recommandé de s'installer dans un endroit calme où il n'y aura pas de stimuli susceptibles de détourner son attention. Pour les enfants qui ont de la difficulté à s’endormir, certains trucs peuvent aider : inciter les enfants à se dépenser physiquement durant la journée et, avant le coucher, s’adonner à des activités calmantes, comme de la lecture. On peut aussi créer une ambiance de détente (lumière tamisée, musique douce, huiles essentielles aux propriétés apaisantes, etc.). Il peut être bon d’éviter la télévision et les jeux vidéo dans l’heure ou les deux heures qui précèdent le coucher. Il est souhaitable d’adopter une routine de sommeil. La prise de Ritalin® modifie souvent les habitudes alimentaires de l'enfant. En général, celui-ci a moins d'appétit au repas du midi et davantage au repas du soir. S’il prend un médicament à longue durée d’action (une dose unique le matin), il se peut que la faim survienne en soirée. Si c’est le cas, donner le repas principal à l’enfant lorsque celui-ci a faim. Pour le lunch du midi, privilégier de petites portions d’aliments variés. Au besoin, des collations nutritives peuvent être proposées. Comme l'enfant hyperactif exige passablement de patience de la part de ses éducateurs, il est important que ceux-ci reconnaissent leurs limites et qu'ils demandent de l'aide au besoin. L'enfant hyperactif n'a pas la notion du danger. C'est pourquoi il exige généralement plus de surveillance qu'un enfant normal. Lorsque qu'on doit faire garder un tel enfant, il est important de choisir une personne fiable et expérimentée afin d'éviter les accidents. La force, les cris et les châtiments corporels ne sont généralement d'aucune utilité. Lorsque l'enfant « dépasse la mesure », mieux vaut lui demander de se retirer dans sa chambre pendant quelques minutes. Cette solution permet à chacun de retrouver un peu de calme. À force de subir des réprimandes attribuables à leurs troubles de comportement et à leurs gaffes, les enfants hyperactifs risquent de développer un manque de confiance en eux. Ce qui ne ferait qu'amplifier le problème. Il importe de leur montrer à devenir plus efficaces, mais en évitant de souligner leurs erreurs. La motivation et les encouragements donnent de meilleurs résultats.
December 09 Radio911, Émission no.11, Manger sa vie: Troubles de l'alimentation: Ressources disponibles, traitements
Les ressources disponibles. Les différents traitements. Privé ou public : une question de coût. Se faire soigner à l’extérieur du Québec. Les soins hors du Canada (Etats-Unis)
INDICATIONS D’HOSPITALISATION Il arrive parfois que le traitement ambulatoire soit insuffisant et qu’on doive recourir à une approche plus encadrée. Les indications d’hospitalisation sont : - Poids 75%-80% inférieur au poids normal - Rythme cardiaque inférieur à 40 battements/min ou supérieur à 110 - Hypothermie (température du corps à 36C) - Hypokaliémie : baisse du taux de potassium dans le sang - Déshydratation - Besoin de supervision étroite pendant les repas - Dépression avec idées suicidaires - Crises de boulimie sévères et très fréquentes (plus d’une par jour).
Les troubles alimentaires peuvent donner lieu à des crises familiales importantes. La tension s’installe, la vie familiale devient axée sur la problématique de la jeune fille et la famille est proche de l’éclatement. Il peut donc devenir essentiel de retirer la jeune fille de son milieu. Ce retrait a une fonction thérapeutique tant pour celle-ci que pour sa famille. A noter que dans le cas d’une anorexique plus âgée, l’éloignement de son conjoint, de sa famille aura le même but thérapeutique. Il n’est pas rare qu’un autre problème psychiatrique, en particulier la dépression et des troubles obsessionnels-compulsifs, s’ajoute à l’anorexie. Lorsque ces problèmes s’aggravent, on se doit d’envisager sérieusement l’hospitalisation. On doit donc essayer de présenter le séjour à l’hôpital à la personne et à sa famille comme une occasion permettant à la première de se ressaisir petit à petit. On lui explique qu’elle a perdu le contrôle d’elle-même et de sa maladie et que c’est l’anorexie ou la boulimie qui a pris le dessus et qui régit sa vie. Cela signifie que la personne doit accepter, pour un moment, d’être prise en charge par une équipe traitante qui structurera l’horaire de ses repas et de ses repos, qui harmonisera avec son aide ses comportements alimentaires déséquilibrés pour finalement l’amener à se prendre en main. D’accepter de laisser tomber ce qu’on croit être une bouée de sauvetage, ce qui nous a accompagné des années durant, n’est pas chose facile. On doit lâcher prise et s’engager dans un sentier tout à fait inconnu, ce qui est tout à fait terrifiant. Les arguments se doivent d’être convaincants. Dans mon cas, ce fut le fait que je n’arrivais presque plus à pouvoir tenir mon fils de 18 mois qui me fit finalement accepter l’hospitalisation, un choix que j’aurais dû faire bon nombre d’années auparavant.
TRAITEMENT HOSPITALIER I- Ici, au Québec, il n’y a pas beaucoup d’établissements publics qui sont outillés pour le traitement des troubles alimentaires. En ce qui concerne les personnes en bas de 18 ans, l’hôpital Ste-Justine, à Montréal, demeure la référence. C’est le docteur Wilkins, qui depuis des années, est responsable du « Service aux adolescents" (psychiatrie), et dont le protocole a inspiré d'autres centres hospitaliers (514-345-4683) www.chu-sainte-justine.com
II- Hôpital de Montréal pour enfants / Département des troubles alimentaires. Centre hospitalier qui offre des services internes et externes aux adolescents et adolescentes âgés de 12 et 18 ans qui souffrent d’un trouble alimentaire.
Personne responsable : Madame Franziska Baltzer Hôpital de Montréal pour enfants/ Département des troubles de l’alimentation. Centre hospitalier qui offre des services internes et externes aux enfants âgés de moins de 6 ans qui souffrent de troubles de l’alimentation et de gain de poids insuffisant par le biais de thérapie comportementale, soutien nutritionnel et pédagogique et psychothérapie de soutien. Personne responsable : Madame Maria Ramsay
III- Hôpital Douglas – Pavillon Stearns. Centre hospitalier qui offre les services d’évaluation, de thérapies de groupe, de thérapies individuelles et de thérapies familiales. Programmes pour les jeunes âgés de 6 à 12 ans et programmes pour les 13 à 17 ans. Personne responsable : Madame Danielle Gauthier
IV- En ce qui concerne les personnes adultes, il y a le Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ) ou on y trouve un « programme d’intervention et de traitement des troubles des conduites alimentaires » (PITCA). Le service comprend une clinique externe, un programme de jour et l’hospitalisation. Personne responsable : Madame Carole Ratté
V- Centre hospitalier de l'Université de Sherbrooke qui offre les services d’évaluation, de suivi individuel et de thérapie de groupe. Les personnes doivent être âgées de 18 ans et plus. Une référence médicale est nécessaire. Personne responsable : Monsieur Denis Morrison
VI- Il y a aussi le « programme des troubles de l’alimentation » de l’hôpital Douglas, situé à Verdun. Le service comprend une clinique externe (la clinique des troubles de l’alimentation) ou on offre un programme de jour, ainsi qu’une unité strictement réservée pour l’hospitalisation (Eating Disorders Unit) Personne responsable : Madame Hélène Gauthier
VII- En Ontario, l'hôpital d'Ottawa a créé le "Centre Régional de Traitement des troubles alimentaires (chez l'adulte). Ce Centre offre à la population d'Ottawa-Carleton et de l'Est de l'Ontario des services qui sont similaires à ceux offerts au Québec: soit une clinique externe (consultation pour évaluation), programme intensif de jour, programme d'hospitalisation pour le contrôle des symptômes (unité de 6 lits).
Tél : 613-737-8042
Le traitement en milieu hospitalier (sous une base volontaire de la part de la patiente) comprend une rééducation nutritionnelle ainsi qu’un volet psychoéducatif et psychothérapique. La rééducation nutritionnelle se fait en collaboration avec le médecin et la nutritionniste, car avant d’envisager quelques thérapies que ce soient, la patiente doit avoir un poids qui ne met plus sa vie en danger et qui va lui permettre de pouvoir suivre les sessions de psychothérapie.
On élabore donc une diète initiale d’environ 1300-1500 calories par jour, pour une période d’environ 2-3 semaines. Puis, cette diète sera progressivement augmentée en fonction de la prise de poids de la patiente. J’ai vu ma diète monter jusqu’à 3500 calories par jour parce que je n’arrivais pas à prendre le kilo par semaine qui est demandé.
Au Douglas, l’unité accueille 6 patientes à la fois, soit 3 personnes par chambre. Lorsque je suis entrée, on m’a tout de suite mise au repos. Je ne pouvais pas sortir de la chambre, ni utiliser la salle de bain pendant les deux heures suivant les repas. La règle concernant l’accès aux toilettes demeure tout le long de l’hospitalisation et ce, pour toutes les patientes. Le but est évidemment de les empêcher de se faire vomir. C’est aussi à son admission, que la personne prendra connaissance de l’intervenante qui la suivra quotidiennement, avec laquelle, elle aura des sessions individuelles de psychothérapie. De plus, c’est au cours des premiers jours, avec son intervenante, que se fera le vidéo d’entrée. La patiente, seulement vêtue d’un soutien-gorge et d’une petite culotte se fait filmer de face, de côté, de derrière, afin de bien voir les os qui saillent, les côtes qu’on voit. Par la suite, avec l’infirmière, elle regarde le vidéo et on lui demande ses commentaires. Un autre vidéo sera pris, à la sortie de l’hôpital ou la patiente pourra d’elle-même voir les changements de son corps. C’est une véritable épreuve et les larmes ne sont jamais très loin. On fixe assez rapidement le poids que devra atteindre la patiente avant de pouvoir obtenir son congé de l’hôpital. La pesée se fait 2 fois par semaine. La prise de poids doit être de 1 kilo par semaine. Si la personne n’y parvient pas, elle verra sa diète augmentée, généralement à l’aide de suppléments nutritionnels (boost, ensure (250 cal). Les repas sont pris en groupe, sous supervision du personnel hospitalier. Le temps alloué est de 45 minutes. Si la patiente n’a pas terminé son assiette, on compensera avec la prise d’un ou deux Ensure. La limite du temps a pour objectif d’empêcher les patientes de « jouer » avec leur nourriture, de reproduire les nombreux rituels qu’elles faisaient avant (couper la nourriture en petits morceaux, séparer les aliments, en laisser dans l’assiette). Les infirmières notent les difficultés qu’ont pu vivre les patientes et, à la fin, il y a une discussion d’environ d’une demi-heure sur la façon dont chacune des patientes a vécu ce repas. Certains repas sont plus difficiles à prendre que d’autres : Ex : une omelette avec pommes de terre en purée et macédoine est définitivement plus facile à prendre qu’un chili à la viande, ou une assiette de jambon aux ananas avec pommes de terre, salade mixte avec vinaigrette non diète. Il est aussi difficile de constater que les portions ne sont pas nécessairement égales entre les assiettes des patientes. Comme les objectifs de poids ne sont pas les mêmes pour toutes, il est logique que cela se reflète dans les portions. Lorsque la patiente a atteint son objectif en terme de poids, sa diète ne se situera plus entre les 2500-3500 calories par jours.
Le plan de traitement de l’hôpital Douglas : Il intègre une approche comportementale en autorisant certaines permissions aux patientes qui réussissent à prendre le kilo par semaine. Et ces privilèges sont croissants : Au début, on permettra une marche de 20 minutes à ces patientes, par la suite, on autorisera certaines activités (toujours sous supervision par contre) comme la natation, le jardinage…Puis on laissera la patiente avoir une sortie (un après-midi : la personne quitte après le dîner et doit être de retour avant le souper. On présume que d’elle-même elle prendra sa collation…ce qui n’est pas certain. Puis, ce sera une après-midi + 1 repas, une journée, pour finalement en venir à autoriser une fin de semaine complète). Ces privilèges visent évidemment à récompenser la patiente de ses efforts. Mais ils visent aussi sa réintégration progressive dans son propre environnement. Car l’hospitalisation a une fin et la personne, en renouant avec ses proches, prépare son propre départ. D’autres hôpitaux n’utilisent pas l’attribution de ces privilèges. Le médecin psychiatre est rencontré une fois par semaine, de même que la nutritionniste. L’intervenante s’engage à rencontrer la patiente au moins 2 fois par semaine en individuel, mais sur demande peut rajouter une rencontre. Les rencontres de groupe on lieu 2 fois par semaine. Aux deux semaines, il y a un atelier de cuisine sous la supervision de la nutritionniste ou les patientes préparent le repas, donc, il y a manipulation d’aliments, respect de la recette, évaluation de ce qu’est une « portion normale ». Parfois, au lieu de la cuisine, c’est une sortie au restaurant (et pas question de « manger diète »). L’hospitalisation dure entre 3-5 mois et on peut comprendre que ce séjour en circuit fermé n’est pas de tout repos. On doit apprendre la tolérance face aux autres, éviter se s’isoler…et foncer…
HOSPITALISATION CONTRE LE GRÉ DE LA PERSONNE (GARDE EN ÉTABLISSEMENT) Malheureusement, Il peut se produire des situations qui vont exiger un geste drastique, soit l’hospitalisation contre le gré de la personne atteinte d’anorexie ou de boulimie. En voici quelques une : - Amaigrissement grave (perte de 40% du poids) qui met en jeu la vie de la patiente - Complications médicales : rythme cardiaque de moins de 40 coups/min, baisse du taux de potassium (pouvant entrainer pertes de conscience, convulsions, affaiblissement marqué - Risque suicidaires Afin d’hospitaliser quelqu’un contre son gré, la famille doit présenter une requête en vue d’obtenir du juge une ordonnance d’évaluation clinique psychiatrique. Il suffit que la famille (parents ou conjoint) décrive au juge les comportements inquiétants et dangereux de la personne souffrante tout en mentionnant qu’elle refuse de se faire soigner. Elle sera ainsi amenée èa l’hôpital devant un psychiatre pour une évaluation de sa situation. A la suite de son examen, le psychiatre pourra estimer que le danger est suffisant pour obliger l’hospitalisation en demandant une ordonnance de garde en établissement. Car c’est en vertu de la Loi de la protection des personnes qu’on peut hospitaliser quelqu’un contre son gré.
NUTRITION FORCÉE On utilise rarement l’alimentation par tube nasogastrique (tube qu’on insère dans le nez de la patiente et qui se rend jusqu’à l’estomac) ou par intraveineuse. Il faut l’autorisation soit de la patiente ou de la Cour. On envisage ce procédé lorsqu’on se trouve devant une personne dont le poids se situe en dessous de 60%, si sa vie est en danger ou si la patiente, en danger, est incapable d’évaluer la gravité de sa situation. Ce sera l’hôpital et le médecin traitant qui présenteront à la Cour une requête pour obtenir cette ordonnance de traitement.
PROGRAMME DE JOUR Le programme de jour est en réalité une forme d’hospitalisation à temps partiel. L’unité des troubles des conduites alimentaires du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ) et l’Unité des troubles alimentaires de l’hôpital Douglas offrent ce genre de programme. Le programme que je vais vous présenter à titre d’exemple est celui de l’hôpital Douglas. Mais dites-vous que celui du Centre hospitalier de Québec est similaire. Ce programme peut suivre une hospitalisation et visera donc à faciliter la réinsertion de la patiente dans le quotidien qui l’attend ou il peut être offert dans l’espoir d’éviter une hospitalisation. Le programme accueille environ 12 personnes souffrant d’anorexie ou de boulimie. Il s’étend sur 4 jours, de 9h à 15h . sur une période de 8-10 semaines. Chaque jour, on sert la collation du matin, le dîner ainsi que la collation de l’après-midi. Les menus sont planifiés par la nutritionniste et les 12 patientes auront à participer activement aux différentes tâches : soit faire les achats en début de semaine, préparer les repas (les cuisiner mais aussi les servir selon les portions décidées par la nutritionniste). Tout comme à l’interne, les repas durent 45min et on vise à éliminer les rituels auxquels les personnes sont accoutumées. Le fait de prendre part à ces activités diminue l’anxiété qui y est associée et renforce l’acquisition de bonnes habitudes. Les patientes sont pesées 1 fois par semaine. Ici, la prise de poids demandée est d’un demi kilo (1lbs). Les résultats de chacune sont discutés avec la thérapeute lors de la pesée, et par la suite avec le groupe. La nutritionniste commentera devant tous les différents journaux alimentaires, donnera des instructions, des conseils afin d’aider les participantes à modifier leur façon de manger et les perceptions qui y sont rattachées. Elle donnera aussi des ateliers d’éducation nutritionnelle au cours desquels les jeunes filles apprendront à rectifier leurs fausses conceptions sur divers aspects de la nutrition : besoins énergétiques, métabolisme, planification des repas…Un atelier de psychoéducation sera aussi offert dans le but de comprendre les causes et les conséquences d’un trouble alimentaire. Il y aura discussion, échange d’expériences, partage des difficultés rencontrées. On travaillera aussi sur l’expression des sentiments. Un autre atelier, donné par une travailleuse sociale sera axé sur la connaissance de soi et l’acquisition d’une meilleure estime de soi. Quant à l’ergothérapeute, à l’aide d’ateliers (collages de photos qui expriment l’anorexie, fabrication de masques et d’expression corporelle…) visera à permettre aux patientes de reprendre contact avec leur corps et leurs émotions (relaxation) Le programme de jour aborde donc les dimensions biologiques, psychologiques, et sociales des troubles de l’alimentation et force, en quelque sorte les patientes, à affronter leur peur concernant l’absorption d’aliments dans un environnement sécurisant. En plus du programme, les personnes bénéficient d’une rencontre individuelle d’une heure avec la thérapeute qui lui aura été assignée. A la fin du programme de jour, il est possible que la personne se fasse offrir une rencontre de groupe d’une durée de 3 hres par semaine, pour 8 semaines. Il s’agit d’un atelier de psychoéducation. Il peut être la porte d’entrée avant le programme de jour, comme il peut être l’étape finale suite au programme de jour. A l’heure actuelle, nous n’avons pas dans le secteur public suffisamment de centres spécialisés dans le traitement des troubles alimentaires. C’est pourquoi les listes d’attente sont aussi longues. Ces programmes sont couverts par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), donc ils sont sans frais.(il en coûterait aux alentours de 1000$ par jour pour le traitement d’une personne…Comme le programme peut s’étendre sur 4 mois, on devine le montant astronomique qui s’en suivrait. Mais au cours des dernières années, se sont développés des centres privés qui offrent des services similaires (quoiqu’à mon opinion moins sévères que ceux du Douglas ou du CHUQ). Et les coûts sont élevés.
ETABLISSEMENTS PRIVÉS BACA : Clinique multidisciplinaire privée qui offre des services externes personnalisés pour les personnes aux prises avec des problèmes de conduites alimentaires, telles que l’anorexie mentale, la boulimie et les compulsions alimentaires. Ces services sont payants. L’équipe clinique est composée de psychologues, nutritionnistes, travailleurs sociaux et de médecins. Un programme de deux jours de formation pour professionnels est également offert à la fois sur place et à l’extérieur. Personne responsable : Madame Tania Lemoine
La Maison « L’éclaircie »: Organisme communautaire, situé dans la ville de Québec, qui offre des services de ligne d’écoute téléphonique, de rencontres individuelles et de rencontres de groupe auprès de personnes qui souffrent d’un trouble alimentaire ainsi qu’à leurs proches. Un programme d’hébergement est en développement. Il faut savoir aussi que la Maison "L'éclaircie" offre aussi des services aux personnes ayant des dépendances envers l'alcool et autre. Personne responsable : Madame Marlène Duchesne
Il existe aussi la possibilité d’aller se faire soigner aux États-Unis ou on retrouve de nombreuses cliniques traitant les troubles alimentaires mais les coûts sont extrêmement élevés, et ne sont pas couverts par aucune police d’assurance, ni par la RAMQ. Malheureusement, cette solution demeure une option pour des gens financièrement fort aisés. Certains de ces centres peuvent vous garder jusqu’à un an…je n’ose imaginer le montant total à la fin du traitement. Ces centres, qu’ils soient ici au Québec, en Ontario, ou aux E-U, font certainement du bon travail. Mais je ne peux m’empêcher d’éprouver certaines réticences : Pour un centre comme BACA ou L’Éclaircie, la personne qui se présente pour y être soignée, représente certes une patiente, mais elle est aussi une cliente. Par conséquent, on se trouve malgré tout devant un commerce. L’établissement porte donc 2 chapeaux, dont l’un en est un de gestionnaire. Tandis que les centres publics n’ont pas ce type de pression. Ils soignent, ne tentent pas de prolonger le séjour de quiconque et la situation financière de la patiente ou de sa famille ne joue aucun rôle lorsqu’il est temps d’hospitaliser ou d’offrir tout autre type de traitements.
CONCLUSION Et bien, nous avons fait un très long parcours tous ensembles. Et j’espère avoir pu mieux vous faire connaître les troubles alimentaires, leurs impacts, la complexité de ces problèmes. Si j’ai pu vous permettre d’éliminer les mythes qu’on attache trop souvent aux troubles alimentaires, j’aurai réussi une partie de mes objectifs. Si cette émission a pu vous permettre de réaliser qu’il y a peut-être autour de vous des gens qui souffrent de cette maladie mais qui ne savent que faire, si elle a pu vous permettre de mieux comprendre votre relation avec la nourriture, les diètes, et le monde qu’on retrouve dans les magazines, j’aurai atteint un autre objectif important. En tout dernier, si vous avez compris l’importance de consulter au plus vite lorsqu’on se sent aller du mauvais côté, alors, on aura tous appris de cette période d’une heure, chaque semaine. Je vous invite donc à revenir, au début janvier afin de poursuivre ce périple. Profitez bien des fêtes, évitez la restriction afin d’éviter les excès, essayez de rédiger votre journal alimentaire. Vous trouverez sur mon blogue toutes les indications afin de bien le faire (Emission no 11). Et n’hésitez pas à me contacter pour des informations, pour des questionnements, pour un témoignage, pour une demande d’aide…De plus, vos commentaires inspirent cette émission, inspirent l’animatrice, Marie Claude De Sève Courriel : mcdeseve@hotmail.com Blogue : www.mcdeseve.spaces.live.com December 06 Radio911, Émission 10, Les troubles alimentaires: la thérapie cognitive
Thérapie cognitive
Introduction : Cette thérapie a vu le jour au début des années 60. Pour ceux à qui cela peut intéresser, c’est le Dr. Aaron Beck qui a conceptualisé cette méthode. Ce type de psychothérapie a pour objectif d’aider la personne à modifier certaines pensées, émotions et comportements reliés à un problème psychologiques. Il y a donc un travail qui se fait en collaboration avec la patiente où elle pourra déterminer de concert avec son thérapeute, les points qu’elle désirera aborder durant les sessions. On y verra donc les techniques de base utilisées en thérapie cognitive.
PENSÉES, ÉMOTIONS ET COMPORTEMENTS Trois éléments sont au centre de la thérapie cognitive : les pensées (cognitions), les émotions, et les comportements. Parmi ces éléments, l’un est central et a un effet sur les autres. Selon plusieurs, les émotions influencent les pensées et les comportements. Ex no 1 : il se produit l’événement suivant : Vous êtes à l’épicerie, un jeudi soir. Vous recevez le choc d’un panier à épicerie sur le vôtre. Votre réaction? Vous êtes peut-être fâchée et avez envie de le faire savoir à la personne. Ici c’est donc l’émotion qui semble venir en premier. Ex no 2 : Le même exemple…et la même émotion mais vous vous tournez et regardez la personne. Et vous voyez votre colère diminuer. Votre réaction? Elle s’est peut-être transformée en indifférence et vous demeurez silencieux. Que s’est-il donc passé? Comment expliquer le changement d’humeur? Car après tout, la situation n’a pas changé : Votre panier à épicerie a été frappé par un autre. C’est donc votre interprétation de la situation qui est différente. Les pensées « Quelle imprudente, elle pourrait regarder où elle va! » ou « Elle ne m’a probablement pas vue…ce n’était pas volontaire… » viennent en premier, puis suivront les émotions (colère, indifférence…), et finalement les comportements « Vous pourriez regarder où vous allez » ou vous demeurerez silencieuse. Ainsi lorsqu’on modifie sa pensée, cela a un effet sur les émotions et le comportement. La thérapie cognitive a donc comme objectif d’aider la patiente à modifier ses pensées.
Cerner les pensées automatiques négatives Évidemment, on n’a pas à modifier toutes ses pensées. On pense tout au cours de la journée « je dois me laver les dents », « je ne dois pas oublier de verrouiller la porte de l’auto » et cela n’a pas nécessairement un effet sur nos émotions. Ce sont des pensées volontaires, facilement accessibles et temporaires. Tout le monde a ce genre de pensées orientées vers l’action. Le type de pensées dont on va parler relève plutôt du discours intérieur qu’on tient à l’égard de soi. Les pensées qu’on va cibler sont celles dites « négatives » (pensées négatives automatiques). A partir des expériences que nous vivons, nous développons une façon dont on concevra le monde. Les pensées automatiques négatives découlent de ces conceptions. Avec les années, elles deviennent automatiques, c’est-à-dire qu’elles surgissent et passent rapidement dans notre esprit dans certaines situations sans même que nous nous en rendions compte. Elles sont plus stables et moins accessibles que les pensées volontaires et elles engendrent toujours une émotion négative. Par exemple : la patiente se fait féliciter pour avoir réussi à diminuer ses crises de boulimie. Elle répondra qu’elle n’y est pour rien : ses parents étaient davantage à la maison. Une autre, après un moins d’abstention de prise de laxatifs, en consomme. Elle se dit qu’elle ne s’en sortira jamais et qu’elle n’est bonne à rien (oubliant le mois où elle a su tenir). Voilà des exemples de pensées automatiques négatives. Elles surviennent rapidement, souvent à notre insu et, par leur caractère négatif, modifient notre humeur. Tout le monde a des pensées négatives à un moment ou un autre. Par contre, elles sont prédominantes chez les personnes vivant des difficultés d’ordre psychologique tels les troubles d’alimentation. Ces personnes ont davantage tendance à transformer des événements neutres ou positifs en événements négatifs. Mais ces pensées négatives ne reflètent toutefois pas la réalité même si ces personnes les considèrent comme des vérités absolues. Elles peuvent donc grandement influencer leurs émotions et leurs comportements. Lorsqu’on est convaincue qu’on ne réussira rien, il est fort possible qu’on ne tentera rien. Le but de la thérapie cognitive est d’apprendre à la patiente à reconnaître ses pensées automatiques négatives pour ensuite les vérifier, les remettre en question, les modifier et les remplacer par des pensées plus réalistes. Cela permettra ainsi de diminuer le malaise d’abord et, par la suite, de modifier les émotions et les comportements qui y sont reliées. Il ne s’agit pas d’en venir à ne voir la vie qu’en rose. Il s’agit plutôt de ne pas percevoir les événements neutres ou positifs comme s’ils étaient négatifs , mais de les percevoir de façon plus réaliste. Au départ, il est difficile de repérer les pensées automatiques négatives puisqu’elles défilent rapidement. C’est la pratique qui nous permettra d’y parvenir. Comme s’interroger lorsqu’on ressent un changement d’humeur. Lorsqu’on détecte de tels changements, souvent par des sensations physiques (serrement dans la poitrine, boule dans la gorge, etc…), on doit se poser les questions clés : « Qu’est-ce que je me suis dit? », « Quelle image ai-je eue? ». cela permet d’être à l’affût des mots et des images : « Je suis nulle », « je suis grosse ». Il est également important, en plus de discerner la pensée automatique négative, d’évaluer son degré de croyance en cette pensée, sur une échelle de 0 à 100%. Lorsqu’on se dit : « je suis grosse », quel est le pourcentage de vérité qu’on attribue à cette pensée : 80%? 90% ou 100%? Plus élevé sera le pourcentage, plus intense sera l’émotion qui s’y rattachera et elle se répétera souvent. Il faudra donc s’y attarder. Reconnaître les émotions Lorsqu’on réussi à cerner une pensée, il est important de nommer l’émotion qui l’accompagne puisque l’objectif est de diminuer la détresse en modifiant ses pensées. Il peut être difficile de reconnaître ses émotions. Voici des mots qui illustrent des façons dont on peut se sentir : - Agressive - Amoureuse - Anxieuse - Apeurée - Blessée - Coupable - Déçue - Dégoûtée - Désappointée - Embarrassée - Enragée - Envieuse - Fâchée - Fière - Frustrée - Furieuse - Heureuse - Honteuse - Horrifiée - Humiliée - Inquiète - Insécure - Irritée - Jalouse - Joyeuse - Nerveuse - Paniquée - Ravie - Seule - Soulagée - Triste - Troublée Lorsque l’émotion est identifiée et nommée, il devient important de la quantifier, d’évaluer son intensité de 0 à 100%. Cela permet d’évaluer l’effet d’une pensée automatique négative qui engendre une émotion ayant une intensité de 25%. Elle mérite peut-être moins d’attention ou est moins prioritaire qu’une émotion engendrant une intensité de 85% tout en se rappelant que le but est de parvenir à reformuler une pensée plus réaliste. Grille d’auto-évaluation Ce qui intéresse beaucoup de gens face à la thérapie cognitive est qu’elle offre des moyens très concrets afin d’aider les patientes à modifier leurs pensées. L’outil privilégié est cette grille d’auto-évaluation. Il est important de la remplir et ainsi de mettre par écrit ses pensées automatiques négatives et émotions. Cela donne l’occasion dans un premier temps, de prendre un certain recul et de voir la situation plus clairement. Pour que cet outil soit efficace, il faut que la patiente remplisse cette grille dès qu’elle note la présence d’une pensée automatique négative afin que son contenu soit le plus près possible de ce qu’elle vit.
La grille se présente ainsi : Colonne no 1 : Date et heure Colonne no 2 : Situation Colonne no 3 : Emotion et intensité (0-100%) Colonne no 4 : Pensée—Pourcentage de croyance Colonne no 5 : Pensée plus adéquate ---- Pourcentage de croyance (0-100%) Colonne no 6 : Émotion – Intensité (0-100%)
Au tout début, la patiente n’utilisera que les quatre premières colonnes. Donc, la date et l’heure. La 2e colonne sert à décrire les situations. Ainsi si on note un changement d’humeur, il faut inscrire la situation associée. Que s’est-il passé? Y a-t-il eu vomissements, prises de laxatifs? La 3e colonne a trait aux émotions. Les pensées automatiques négatives engendrent des émotions mais ces pensées défilent rapidement, Ce sera les changements d’humeur qui permettront à la personne d’en prendre conscience. Donc on inscrit les émotions ressenties ainsi que l’intensité en pourcentage (tristesse, 85%, frustration 90%). Et à la 4e colonne, on se questionnera sur les pensées automatiques négatives. Suite à la situation décrite (col. No 2), qu’a ressenti la patiente? Que s’est-elle dite? Quelle image a-t-elle eue? A quel degré? (je suis grosse, 90%, je ne m’en sortirai jamais 85%, je n’ai que de la graisse, 100%, etc…) Distorsions cognitives Les pensées automatiques négatives sont basées sur des erreurs de raisonnement qu’on appelle « distorsions cognitives ». On trouve 10 différents types de « distorsions cognitives » : Le Tout-ou-rien : la pensée n’est pas nuancée. On classe les choses en 2 catégories : les bonnes et les mauvaises. « J’ai mangé un aliment interdit ce matin. Ma journée est complètement gâchée » La généralisation à outrance : Un seul événement malheureux apparaît comme faisant partie d’un cycle sans fin d’échecs ». « Si je prends du poids actuellement et que je mange presque normalement, je vais vraiment devenir obèse » Le Filtre : On choisit un aspect négatif et on s’attarde à un tel point à ce petit détail que toute la vision de la réalité en est faussée, comme une goutte d’encre dans un pot d’eau. « Mon ventre est rond : je suis difforme » Le rejet du positif : Pour toutes sortes de raisons, comme si elles ne comptaient pas, la personne rejette toutes ses expériences positives. De cette façon, elle préserve son image négative des choses, même si elle entre en contradiction avec son expérience de tous les jours. « Merci de m’avoir aidée à faire mon exercice de français », la personne répondra « ce n’est rien, tu n’avais pas vraiment besoin de moi » Les conclusions hâtives : la personne arrive à une conclusion négative même si aucun fait précis ne peut le confirmer : A) Interprétation indue : On décide arbitrairement qu’une personne une attitude négative à notre égard sans vérifier si c’est vrai B) Erreur de précision : On envisage le pire et on est convaincu que sa prédiction est déjà confirmée par les faits. « Je serai sûrement célibataire toute ma vie puisque je n’arrive pas à avoir de copain » Exagération (dramatisation) et minimilisation : la personne amplifie l’importance de certaines choses (comme ses bévues ou le succès de quelqu’un d’autre et on minimise l’importance d’autres choses jusqu’à ce qu’elles vous semblent toutes petites (ses propres qualités ou les imperfections du voisin par exemple). On appelle cela aussi le « phénomène de la lorgnette ». « Toutes les filles de ma classe sont minces et bien dans leur peau. Je ne leur arrive pas à la cheville » Raisonnements émotifs : La personne présume que ses sentiments les plus sombres reflètent la réalité des choses : « C’est ce que je ressens, cela doit donc correspondre à la réalité » Les « dois » et les « devrais » : la personne essaie de se motiver par des « je devrais » ou des « je ne devrais pas » comme pour si, pour se convaincre de faire quelque chose, il fallait la battre ou la punir. Ou par des « je dois », et cela entraîne un sentiment de culpabilité. Lorsque la personne attribue des « ils doivent » ou « ils devraient » aux autres, elle éveille en elle des sentiments de colère, de frustration, et de ressentiment. L’Etiquetage et les erreurs d’étiquetage : Il s’agit d’une forme extrême de généralisation à outrance. Au lieu de qualifier son erreur, la personne s’attribut une étiquette négative : « je suis une perdante ». Et si c’est le comportement d’un autre qui déplaît, elle lui attribuera une étiquette négative : « C’est une vrai folle ». Les mots utilisés sont très colorés et chargés d’émotion. La personnalisation : la patiente se considère responsable d’un événement fâcheux dont, en fait, elle n’est pas responsable. Au cours d’un voyage à Wonderland alors que la température fut terrible : de la pluie, de la pluie, de la pluie. Je répétais sans cesse « je porte malchance. Si je n’étais pas venue, la température aurait été parfaite »
Comme on peut le constater, certains de ces types de distorsion cognitive peuvent se ressembler. On peut dire qu’une pensée automatique négative peut relever de plus d’une distorsion et qu’il est très utile d’essayer de déterminer le type de distorsion associé à chaque pensée négative. Ainsi donc, la personne peut parvenir à identifier le type de distorsion qu’elle utilise le plus, et tenter de contrer ce raisonnement.
Remettre en question les pensées automatiques négatives Lorsque la patiente en arrive à pouvoir cerner ses pensées automatiques négatives, la prochaine étape consistera à les évaluer dans le but de les modifier. Par exemple : La situation objective est la prise de laxatifs, ce qui a entraîné une émotion identifiée comme étant de la « tristesse », avec une intensité de 90%. Il se développe une pensée automatique négative du genre « je ne m’en sortirai jamais », il s’agit alors de vérifier cette affirmation : Est-ce vrai? Sur une feuille, faites 2 colonnes : une où on inscrira les éléments qui confirment l’énoncé : - J’ai pris des laxatifs - Je n’ai mangé que des légumes au souper - J’ai sauté 2 repas la semaine dernière Et une autre colonne où on inscrira les éléments qui contredisent l’énoncé : - J’ai réussi à maintenir mes acquis pendant 1 mois - J’ai réussi à diminuer le nombre de laxatifs que je prends d’habitude - Je suis moins obsédée par la nourriture et le poids - J’ai diminué le nombre de vomissements par semaine Dans ce genre d’exercice, l’important est de demeurer dans le domaine du concret et non des impressions. Ainsi, on doit pouvoir identifier la situation qui a entraîné le malaise de même que la pensée négative qui s’en est suivie. De plus, lorsqu’on écrit du côté des éléments qui confirment la pensée automatique négative « je ne m’en sortirai jamais », on doit pouvoir donner des exemples concrets qui nous portent à avoir ce genre de pensée. « J’ai pris des laxatifs aujourd’hui » est un exemple concret. « Je me trouve laide » n’en n’est pas un. Et c’est la même règle qui s’applique pour la colonne « Éléments qui la contredisent ».
Formuler une pensée plus adéquate La dernière étape consiste à formuler une nouvelle pensée à l’aide, entre autres, de ce que la personne aura écrit à l’étape précédente. Il est possible que la nouvelle pensée soit totalement opposée à la pensée automatique négative, ou plutôt nuancée. Comme la nouvelle pensée est construite à partir de ce la personne aura noté comme éléments qui confirment ou contredisent la pensée automatique négative, il est primordial qu’on demeure encore dans le domaine objectif et réaliste. Il ne s’agit pas de formuler une nouvelle pensée de type « jovialiste », mais plutôt une pensée que la patiente pourra prendre au sérieux. Suite à la prise de laxatifs, au lieu de croire qu’ « elle ne s’en sortira jamais », la patiente pourra reformuler sa pensée de la sorte : « Le fait que j’ai pris des laxatifs aujourd’hui ne signifie pas que je ne m’en sortirai jamais. J’ai vécu la même chose lorsque j’ai diminué les vomissements et j’ai finalement réussi à les arrêter » et ce sont ces mots qu’elle inscrit dans la colonne 5, sans oublier d’indiquer le % de croyance qu’elle attribue à cette nouvelle pensée. Voici quelques questions qui pourront aider la patiente à formuler une pensée plus adéquate (toujours avec notre exemple de la prise de laxatifs) - Dans le passée, avez-vous vécu quelque chose de semblable mais dont la conclusion a été différente? (Lorsqu’il y a eu diminution des vomissements, j’ai aussi vécu des périodes plus difficiles où je voulais tout lâcher mais j’ai tout de même réussi à interrompre ce cycle) - Quelle est la pire conséquence qui pourrait arriver? (« Que je recommence à prendre des laxatifs régulièrement, que je sois hospitalisée? ») - Quelle est la probabilité, de façon réaliste, que je recommence à reprendre des laxatifs régulièrement si je continue à appliquer les stratégies qui m’aident - Qu’est-ce qui est le plus réaliste et le plus probable entre la pire situation et la meilleure? (« Que je m’en sorte mais de manière graduelle, avec des hauts et des bas. ») Pour terminer, la personne réévalue l’intensité actuelle de l’émotion qui était associée à la pensée automatique négative (Tristesse à 90% dans notre exemple). Lorsqu’on énonce une pensée plus adéquate, l’émotion ressentie est-elle aussi intense? Il est fort possible, et même fortement probable que la réponse ne convaincra pas vraiment. Mais plus la personne fera cet exercice, meilleure elle deviendra à bien cerner les événements dérangeants, qui entraînent des pensées automatiques négatives. Elle développera une habileté à générer des perceptions plus réalistes. La nouvelle pensée remplacera graduellement, avec de la pratique, la pensée automatique négative.
CROYANCES CENTRALES Les croyances centrales sont globales, générales et absolues : « L’anorexie est la seule façon d’être unique. », « L’anorexie constitue mon identité, sans cela je ne suis rien », « La restriction est ma seule façon de prouver que je suis capable de réussir quelque chose dans la vie. » Ces croyances portent le plus fréquemment sur soi (« Je dois avoir des règles rigides, sinon je vais perdre le contrôle et ma vie sera un échec »); Elles peuvent aussi se rapporter aux autres : (« Personne ne veux de quelqu’un qui a un surplus de poids comme ami »); Elles peuvent également porter sur le monde en général : (« Dans la société, il n’y a de la place que pour les personnes minces ») Comme les croyances centrales sont bien ancrées, elles sont donc plus longues à modifier. Et il faut quotidiennement tenter de les confronter à elles-mêmes en se demandant si leurs énoncées font vraiment du sens, en regardant autour de soi : Est-ce donc si vrai que dans la société, il n’y a de place que pour les personnes minces? Ou que les personnes ayant un certain poids n’ont pas d’amis?
Conclusion Pour clore ce sujet, j’aimerais rappeler à tous que les personnes souffrant de troubles alimentaires ont cette habitude de croire que les règles de la biologie, de la médecine, de la nutrition, ne s’appliquent pas à elles. Il existe donc, à leurs yeux 2 mondes : Le leur…et celui du reste de la planète. Et lorsqu’elles admettent l’irrationalité de ce type de croyance, cela signifie qu’on est décidément sur le bon chemin! Courriel : mcdeseve@hotmail.com Blogue : www.mcdeseve.spaces.live.com
December 05 Radio911, Emission 9, Les troubles de l'alimentation: "Agir pour s'en sortir" (approfondissement),
Les troubles de l'alimentation: "Agir pour s'en sortir"(Approfondissement)
La normalisation de l’alimentation et des comportements alimentaires est un volet essentiel du traitement de ces troubles. La psychothérapie ne peut fonctionne efficacement si le corps s’obstine à refuser tout changement. Comment bien saisir les propos de la thérapeute si on se trouve dans un état de dénutrition extrême. La réalimentation demeure donc la première chose à mettre en route. Et retenez ceci : Il sera impossible de se libérer de l’anorexie ou de la boulimie tant que la personne poursuivra une diète.
I- NOTRE CORPS ET SES BESOINS Besoins physiques : Ce besoin est en général bien reconnu. Nous avons tous besoin d’énergie, de protéines, de glucides, de lipides, de vitamines et minéraux afin de s’assurer un bon état de santé. Il n’en est pas différent pour les personnes souffrant d’anorexie ou de boulimie. Et le meilleur outil qui peut aider les patientes lors de la réalimentation est le « Guide Alimentaire Canadien » qui a été conçu pour répondre aux besoins physiques des individus de 4 à 65 ans.
Besoins psychologiques : On n’en parle peut-être pas souvent mais l’être humain a fondamentalement besoin d’avoir du plaisir en mangeant. Certains aliments ne servent qu’à se faire plaisir (sucreries, desserts, etc…). Le plaisir est sans doute l’aspect de l’alimentation le plus négligé dans les régimes amaigrissants ainsi que dans les messages d’éducation nutritionnelle diffusés dans les médias. Si la personne souffrant d’un trouble alimentaire refuse d’inclure ce qu’on pourrait appeler « les aliments plaisirs » dans son menu quotidien, la frustration, l’agressivité et parfois les compulsions ou les crises de boulimie pourront survenir. D’ailleurs, les aliments consommés au cours d’une crise de boulimie sont souvent ces « aliments plaisir » que la personne s’interdit. Il est donc important de parvenir à les inclure (et je peux vous dire que ce n’est pas une chose facile à faire, que c’est quelque chose qu’on doit travailler tous les jours). Si la personne respecte ce besoin psychologique, la frustration, l’obsession et les crises diminueront. Les régimes, très souvent, réussissent rarement à long terme car justement, on ne tient pas compte de ces besoins psychologiques en ce qui a trait au plaisir, alors les gens finissent par abandonner.
Besoin social : Pour que l’alimentation d’une personne anorexique ou boulimique redevienne un aspect normal de sa vie. Elle devra réapprivoiser le côté social de la chose; elle ne peut pas toujours manger seule. Éviter la compagnie à table entraîne isolement et frustration, car dans plusieurs rencontres entre amis ou en famille, dans plusieurs événements sociaux (mariage, fêtes de Noël, de Pâques, etc…) l’alimentation tient une place importante. La personne devra aussi apprendre à avoir une certaine flexibilité : Tout ne peut être contrôlé dans la vie et parfois, une invitation imprévue au restaurant peut survenir. Il est donc bien de garder une certaine spontanéité. La personne qui mange en quantité insuffisante (besoin physique), qui se prive de tous les desserts (besoin psychologiques) et qui refuse systématiquement toutes les invitations à souper (besoin social) vivra sans aucun doute, soit une crise de boulimie, soit un repliement sur soi-même, de l’agressivité, de l’isolement. Il faut donc réapprendre à manger sainement, ce qui implique la consommation d’aliments plaisir avec les gens qu’on aime.
II- ALIMENTATION SAINE, VARIÉE ET ÉQUILIBRÉE Manger trois repas et au moins deux collations par jour Comme je l’ai déjà mentionné, si on veut réussir à bien maîtriser sa faim, le corps va nécessiter 3 repas par jour, à des heures régulières. La personne qui souffre d’un trouble alimentaire se plaindra souvent soit d’un manque d’appétit ou, au contraire, d’une faim incontrôlable. La prise des 3 repas à heures fixes aide à rétablir le fonctionnement des centres cérébraux de la faim et de la satiété. La règle doit donc être appliquée, peu importe si la personne ressent ou non la faim. Les collations, quant à elles, vont aider à maintenir le niveau d’énergie : Plus l’apport énergétique est fractionné dans la journée, meilleure est l’énergie. De plus, les collations prises à heures fixes sont un outil précieux pour diminuer la fréquence des crises de boulimie car elles évitent de ressentir une faim trop intense aux repas. Comme les crises de boulimie surviennent plus souvent en soirée, la collation qu’on prend en général 2 heures et demi après le souper pourra permettre de les éviter. De plus, mieux la personne planifiera sa collation, meilleures seront ses chances d’éviter une crise. Ce qui veut dire que la collation doit être nutritive. Un simple fruit ne constitue pas une collation nutritive. Par conséquent, ce n’est pas un très bon choix. Il vaudrait mieux opter pour un yogourt, un muffin, une barre tendre…
Cesser le décompte des calories C’est un réflexe que toute personne souffrant d’un trouble alimentaire connaît. On en vient à connaître par cœur le nombre de calories de chaque aliment qu’on consomme et le tout se fait automatiquement. Si on veut s’en sortir, il faut cesser de faire des choix alimentaires basés sur le nombre de calories. Il faut « oublier » tous ces chiffres afin qu’ils cessent de régir notre vie. Il est possible de faire de bons choix alimentaires, qui ne seront pas exagérés et qui sauront satisfaire les besoins nutritionnels de la personne. Mais l’important est de briser cette habitude de « compter les calories », une habitude qui, pour plusieurs, est devenue une obsession.
Eliminer les produits diètes C’est une règle qu’on a souvent beaucoup de difficulté à comprendre lorsqu’on souffre de troubles alimentaires. On se dit qu’il y a beaucoup de gens qui n’ont pas de troubles alimentaires, qui consomment ce genre d’aliments et personne ne dit rien là-dessus. On se dit que puisse qu’il faut manger, il est toujours mieux de manger « diète » que de ne rien manger du tout! En effet, c’est exact de dire que bien des gens consomment des produits allégés sur une base régulière. Mais il y a une différence majeure entre ces personnes et celles qui souffrent d’anorexie ou de boulimie : Ces personnes n’ont pas de troubles alimentaires. Ils sont capables de manger un large éventail de nourriture, diète ou non, ne paniqueront pas devant une portion de frites, n’auront pas ces multiples contraintes qui régissent le quotidien des anorexiques. Tandis que la consommation de produits diètes pour les personnes souffrant de troubles alimentaires servira souvent à diminuer le sentiment de culpabilité d’avoir mangé. On suggère donc fortement à ces personnes d’éviter ces aliments car ils créent une fausse impression de sécurité et par conséquent, maintiennent la peur à l’égard des aliments ordinaires. De plus, on demeure dans le domaine du calcul des calories, des diètes. Cette étape est très déstabilisante et peut prendre un certain temps avant de devenir une habitude. En ce qui me concerne, je peux donner l’exemple du lait : Ne prenant que du lait écrémé, je réussis maintenant à prendre du lait 1% et parfois du 2% mais je n’arrive toujours pas à utiliser du lait 3.25%.
Réintroduire les aliments interdits Le but est d’en arriver à éliminer progressivement la notion de « bons » et de « mauvais » aliments. Les aliments « mauvais » sont ceux qu’on considère comme « engraissants ». La personne qui présente un trouble alimentaire les élimine de son alimentation sans considérer leur valeur nutritionnelle. On parle du sucre, des viandes, des sauces et les aliments qu’on consomme en guise de collation. Les « bons » aliments considérés comme sécuritaires comprennent en général les fruits et les légumes. Et la personne croit qu’il est normal d’en consommer en grandes quantités, ce qui lui évite d’affronter des aliments plus consistants. Ce qui est inexact, bien entendu. Il faut absolument briser les règles des « bons » et des « mauvais » aliments.
Utiliser le Guide alimentaire canadien (qu’on peut se procurer sur internet) Le nouveau Guide alimentaire (2007), qu’on nomme aussi « le guide Arc-en-Ciel » lorsque suivi, permettra aux gens de combler les besoins en vitamines, minéraux et autres éléments nutritifs. De plus, il y a des effets positifs pour le contrôle de l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiaques, certains types de cancer, l’ostéoporose. En bref, ce que le guide vise est de permettre aux gens d’atteindre un état de santé globale et de bien-être. Le Guide sépare les aliments en 4 groupes : Légumes et fruits, produits céréaliers, lait et substituts et viandes et substituts. De plus, selon le groupe d’âge auquel on appartient, le nombre de portions qui devraient être consommées est indiqué. On prévoit même une section pour les gens extrêmement actifs où le nombre de portions de chaque groupe sera plus élevé. On y trouve aussi un tableau qui indique l’estimation des besoins énergétiques d’une personne en fonction de son sexe et de son âge. Lorsqu’on parle des anorexiques ou des boulimiques, il est préférable d’utiliser le guide en parlant de portions recommandées « par repas » plutôt que quotidiennement, parce que pour ce groupe de personnes, chaque repas est indépendant des autres. Ce groupe a tendance à calculer ce qui a été consommé au repas précédent et ce qui sera consommé au repas suivant pour savoir ce qui pourra être consommé au repas actuel. Donc, à l’heure du repas, il est inutile de se culpabiliser pour ce qui aura été mangé et il est tout aussi inutile de tenter de compenser soit le surplus ou le déficit en se privant ou en se permettant de manger.
III- CARACTÉRISTIQUES DES GROUPES D’ALIMENTS Introduction : Dans les propos qui vont suivre, je vais tenter de vous expliquer sommairement le fonctionnement du Guide alimentaire canadien. Je ne prétends pas être nutritionniste mais des années passées à en côtoyer plusieurs m’ont permis de devenir familière avec plusieurs aspects de la profession. Je ne pourrai évidemment pas vous élaborer des menus santé mais je vais tenter de vous donner le plus grand nombre d’informations susceptibles de vous aider.
Produits céréaliers Les produits céréaliers sont la principale source d’énergie de notre quotidien. Voici quelques aliments de ce groupe : pain, bagel, kaiser, pita, croissants, crêpes, gaufres, céréales, pâtes, riz, craquelins, muffins. Ce sont ces produits qui fournissent l’amidon, qui procurent l’énergie rapidement, qui apaisent la faim. C’est une énergie de courte durée (1hr30 à 2hr). Comme ces produits contiennent aussi des fibres, les effets sont donc importants pour la régulation, la protection de l’intestin contre les substances irritantes ou cancérigènes. Mais les fibres dans ce cas-ci ne fournissent pas d’énergie. Et grâce à la vitamine B qu’on y retrouve, le corps peut bien métaboliser et utiliser l’énergie. Elle maintient aussi un appétit normal Fruits et légumes Voilà un autre groupe essentiel dû à son grand apport en vitamines mais il est erroné d’imaginer qu’il peut nous procurer beaucoup d’énergie. La vitamine C que ce groupe fournit augmente la résistance aux infections et l’absorption du fer, mais pas d’apport énergétique. La vitamine A aide à maintenir la cornée de l’œil en bonne santé, est importante pour la croissance…mais ne fournit pas non plus d’énergie. Produits laitiers et substituts Ce groupe est extrêmement important surtout à cause de son taux élevé de calcium. On retrouve dans ce groupe : lait, lait au chocolat, fromages à pâte ferme (cheddar, mozzarella, oka…), les fromages à pâte molle (brie, camembert), fromage à tartiner, yogourt…Les protéines fournies par les produits laitiers vont servir à bâtir tous les tissus de notre corps et ils procurent une énergie de longue durée (3h à 3h30). Le calcium, lui, est important pour la solidité des os et des dents. La vitamine D va permettre l’absorption et la fixation du calcium dans les os et on ne la retrouve que dans le lait. Viandes et substituts C’est le groupe qui fournit le plus de protéines et de fer. Certes, on trouve aussi du fer dans les légumes verts mais il est moins bien absorbé que celui qui provient des protéines animales. Ce groupe comprends bœuf, veau, porc, poulet, dinde, œufs, poissons, légumineuses (pois chiches, lentilles, haricots), noix et graines, beurre d’arachides…Les protéines fournies par ce groupe servent aussi à bâtir les tissus de notre cœur, muscles, os, cerveau. Le fer permet d’oxygéner le corps. Le zinc assure la croissance des cheveux, des os et des ongles. La vitamine B12 maintient le système nerveux en bon état. Quant au gras, que les anorexiques considèrent comme leur pire ennemi, au contraire joue un rôle essentiel dans le corps. Il constitue une réserve d’énergie, assure la fabrication d’hormones, le transport de vitamines.
IV- QU’EST-CE QU’UNE PORTION? C’est une question bien difficile à répondre pour une personne souffrant d’un trouble alimentaire. La réponse va varier selon l’âge, le sexe et le niveau d’activités. Le Guide canadien permet d’éclaircir cette question. Au tout début, la patiente pourra peser ses aliments afin de se familiariser avec ce qu’est une portion normale. Mais il faut prendre garde de devenir obsédée par les mesures. Ce qui détermine la grosseur des portions n’est en aucun cas le nombre de calories, mais bien la quantité de nutriments. Ex : la portion de 250 ml de lait a été déterminée en fonction de sa teneur en calcium et non en fonction du nombre de calories qu’elle contient. Si vous ne savez pas comment préparer vos repas, si vous n’avez plus aucune idée de ce qu’est une portion normale, consultez le Guide canadien car on y présente des exemples adéquats de déjeuners, de dîners et de soupers où on y retrouve tous les groupes alimentaires mentionnés plus haut. Par la suite, en gagnant de la confiance, vous serez en mesure d’élaborer vos propres repas. Et il ne faut pas oublier ces aliments « plaisir ». Ne les écartez pas. Comme on l’a vu, ils ont leur raison d’être.
V- JOURNAL ALIMENTAIRE Pour analyser son alimentation et déterminer elle-même ses forces et ses faiblesses, l’anorexique peut se servir d’un journal alimentaire. Il s’agit de noter dans un carnet, repas après repas, tout ce qu’elle aura mangé ou bu. Elle pourra, par la suite, analyser le contenu de ses repas : Les 4 groupes s’y trouvaient-ils? Les portions étaient-elles adéquates? Les repas sont-ils semblables ou au contraire variés? On peut se faire un petit tableau. Dans la colonne de gauche, on y inscrit l’heure à laquelle le repas est pris et s’il est pris seule ou avec des gens et si il y a eu, suite au repas des comportements compensatoires (vomissements, laxatifs). Dans la deuxième colonne qu’on peut appeler « Aliments consommés », on indique de manière détaillée ce qui a été mangé et bu. Et dans la colonne de droite, on évalue le repas en inscrivant le nombre de portion provenant des 4 groupes alimentaires. Il est ainsi possible de voir si le repas était complet ou non. Le journal alimentaire est un moyen facile de vérifier l’équilibre alimentaire d’une personne. Il est important de répondre aux 4 questions suivantes lorsqu’on tient un journal alimentaire : 1-Comment est-ce que je me sens présentement? (on exprime les émotions ressenties au cours du repas et surtout après) 2- Ai-je pris un risque au cours de ce repas? (parce que pour s’améliorer, il faut affronter ses peurs, donc prendre des risques) 3- Quelles stratégies m’ont aidée à normaliser ce repas? (Ça permet de savoir quelles pensées positives et rationnelles ont favorisé la prise de risques. On peut y découvrir ses forces par rapport au trouble alimentaire) 4- Y a-t-il un lien entre mon repas, mes émotions et ce que j’ai vécu dernièrement? (Est-ce que les émotions ont eu un impact sur la consommation alimentaire. Car il s’agit d’apprendre graduellement à séparer les émotions de l’alimentation. Le corps a des besoins qu’on doit dissocier des émotions ressenties) Conclusion La réadaptation nutritionnelle est déterminante dans le traitement de l’anorexie ou de la boulimie. Pour favoriser la normalisation alimentaire, il est essentiel de procéder étapes par étapes en se fixant de petits objectifs réalistes qui permettront d’accumuler les victoires et d’entretenir la motivation. C’est un processus lent, qui peut faire extrêmement peur, mais avec la persévérance, il est possible de se retrouver sur le chemin de la guérison. Au cours de la prochaine émission, nous allons aborder la principale approche utilisée, en psychologie, pour traiter les personnes souffrant de troubles alimentaires. Une sorte de réadaptation psychologique. J’espère que l’émission vous a permis de voir qu’il est possible de se sortir d’un trouble alimentaire. Je vous remercie donc d’avoir été à l’écoute et on se retrouve mercredi prochain, même heure, même poste. Bonne semaine. Courriel : mcdeseve@hotmail.com Site : www.mcdeseve.spaces.live.com Allez prendre le temps de consulter le nouveau Guide alimentaire canadien à l’adresse suivante : http://www.hc-sc.gc.ca/fn-an/food-guide-aliment/basics-base/quantit/index_f.html
Talking about "MANGER SA VIE": UNE ÉMISSION TRAITANT DES TROUBLES ALIMENTAIRES (RADIO911)
Quote "MANGER SA VIE": UNE ÉMISSION TRAITANT DES TROUBLES ALIMENTAIRES (RADIO911) Radio911, Émission 8, Les troubles alimentaires: "Agir pour s'en sortir", part. 1
Troubles alimentaires : « Agir pour s’en sortir » (part. I) INTRODUCTION : Le désir de changer est la base de tout traitement. L’anorexie et la boulimie ont créé chez les patientes des modes d’adaptation et des habitudes alimentaires profondément ancrés en elles. Il est fort possible qu’elles percoivent tout changement comme une menace et que la maladie sert de mécanisme d’adaptation dans leur vie afin de les sécuriser : - Crainte face aux défis du monde adultes - Peur de la maturité - Faible estime de soi - Sentiment d’inefficacité dans leur capacité de gérer leurs relations et leur vie personnelle - Difficultés face aux tensions. L’anorexie et la boulimie sont devenues les solutions pathologiques de problèmes qui soulevaient une forte anxiété. Et de vouloir abandonner cet outil de gestion du stress peut entraîner un sentiment de menace. Ainsi le premier défi va être d’envisager un changement, ce qui ne peut se faire que si la patiente a un espoir que ces changements entraîneront un mieux-être.
I- MOTIVATION : Il existe 5 stades dans le processus d’acquisition de la motivation. 1- Stade de la précontemplation : Ici, il n’y a pas d’intention de changer dans un futur prévisible. La plupart du temps, la personne est inconsciente de son problème. Elle le nie, le minimise. C’est l’environnement qui s’en aperçoit et s’inquiète 2- Stade de la contemplation : La patiente est consciente qu’elle a un problème et pense sérieusement à le surmonter, mais elle ne s’engage dans aucune démarche. Elle dira « Oui c’est important que je m’en occupe, mais je le ferai plus tard » 3- Stade de la préparation : La personne veut changer en étant active; elle a même essayé sans succès dans le passé. Elle dira « Je suis allée trop loin; je dois faire quelque chose prochainement » 4- Stade de l’action : La personne modifie ses façons d’agir, ses activités ou son environnement dans le but de surmonter son trouble alimentaire. Et cela demande du temps et une énergie considérable. Elle dira maintenant : « C’est difficile mais j’ai décidé de me battre » 5- Stade du maintien : La personne a réussi à modifier ses comportements alimentaires; elle essaie de consolider ses gains et de prévenir les rechutes. Elle se dira : « Je suis en train de gagner la bataille, je ne laisserai pas tomber »
Si la personne se retrouve dans les 2 premières phases, il est essentiel qu’elle s’interroge sur elle-même pour faire évoluer son désir de changer. Il existe 3 façons de faire afin d’y parvenir : 1- Ce qu’apportent ces maladies. Tableau à 2 colonnes où d’un côté on écrit les avantages de l’anorexie et de la boulimie, et où de l’autre, on écrit les inconvénients de la maladie. Un autre tableau à 2 colonnes : Conséquences de l’abandon de la maladie dans sa relation avec elle-même (pour et contre) 3e tableau à 2 colonnes : Conséquences de l’abandon de la maladie dans sa relation avec les autres (avantages et inconvénients. 2- La rédaction d’un journal personnel 3- La projection dans le futur : la personne tente de décrire ce que sera sa vie dans 5 ou 10 ans, d’abords avec la maladie, et puis sans la maladie L’objectif est de s’arrêter un moment, de prendre du temps pour regarder les choses en face afin de mieux comprendre que le trouble dans lequel vit l’anorexique est aussi une prison et que les quelques satisfactions qu`il procure ne valent pas le prix très élevé qu’il faut payer en échange.
Le rôle et intervention des parents : Les parents doivent être en état d’alerte lorsque leur fille se montre insatisfaite de son corps au point de s’engager dans des régimes de plus en plus sévères, de maigrir jusqu’à ce qu’elle atteigne un poids inférieur à la normale, de s’isoler de son milieu. Certains parents, poussés par l’inquiétude après s’être aperçue que de la nourriture disparaissait, que des bruits de vomissements émanaient de la salle de bain, se mettent à épier leur fille et cherchent à la faire manger à tout prix, habituellement sans succès. Il est inutile d’en arriver à des affrontements soutenus sur ce point. Il est préférable d’aborder la jeune fille dans un autre contexte qu’à l’heure des repas. Être préparé et manifester de l’empathie sont deux éléments qui doivent être là. En outre, il faut exprimer ses craintes et préoccupations quant à l’état général de la jeune fille en lui disant que l’on sent qu’elle est malheureuse, plutôt que d’aborder les problèmes de perte de poids, de régime, de crise de boulimie ou de vomissements. Les parents ne doivent pas s’attendre, à la suite d’une discussion, à voir leur fille recommencer à manger normalement. Celle-ci aura tendance à nier son problème ou à être sur la défensive. Il faut comprendre qu’elle se défend pour se protéger et cacher ses propres peurs. Il est important de reconnaître ses droits et qu’il s’agit de sa vie, mais il faut aussi lui expliquer que l’on ne peut se montrer indifférent à son sort et que l’on s’inquiète aussi de son état qui touche aussi l’ensemble de la famille. Il est important de ne pas briser le lien de communication, aussi fragile qu’il puisse sembler, en poussant l’affrontement jusqu’au bout ou jusqu’à la rupture de la communication. Il est donc préférable de s’arrêter avant, tout en ayant à l’esprit que chacun pourra réfléchir à ce qui a été dit, et de reprendre la discussion à un autre moyen
I APPROCHE PSYCHOÉDUCATIVE Lorsqu’on suit une psychothérapie, le but est d’aider la patiente à surmonter les difficultés affectives, interpersonnelles et cognitives qu’on retrouve dans les troubles alimentaires. L’approche psychoéducative aidera la personne à mieux faire face à son problème. Son but n’est pas de faire disparaître complètement les crises mais plutôt de l’amener à en diminuer la fréquence et à jouer un rôle actif - Peur d’engraisser : L’anorexie et la boulimie sont souvent considérées, à tors, comme des problèmes de poids. En fait, ce sont plutôt des réponses à une crainte exagérée et irrationnelle de prendre du poids et de devenir obèse. Elles sont une véritable phobie qui déclenche des mécanismes d’évitement comme les autres phobies telles la peur des foules, la peur des ascenseurs, etc… Le problème se situe donc davantage dans ces mécanismes. La patiente doit s’engager de façon active à contrer ces conduites d’évitement de la nourriture. Il ne s’agit pas d’un problème physique d’obésité mais d’une véritable phobie et, comme dans toute difficulté de ce type, la guérison passe par l’affrontement de ce qui fait peur, soit dans notre cas la nourriture.
- Théorie de la restriction : On a déjà parlé de l’expérience du Minnesota, effectuée dans les années 50 et qui visait à comprendre les mécanismes de réalimentation de personnes en état de dénutrition. Cette expérience avait permis de s’apercevoir qu’en période de sous-alimentation, les individus participant à cette expérience, avaient développé des changements majeurs dans leurs comportements. Ils étaient devenus obsédés par la nourriture, dépressifs, irritables, plus retirés socialement. Or, on retrouve ces caractéristiques chez les personnes souffrant de troubles alimentaires. De plus, dans l’expérience du Minnesota, lorsque les participants recommençaient à s’alimenter, ils avaient tendance à perdre le contrôle et à manger de façon excessive, soit jusqu’à la limite de leur capacité physique comme on le voit dans les épisodes de boulimie.
En fait, il existe un cercle vicieux dans lequel la restriction alimentaire entraîne la crise de boulimie, qui elle-même engendre par la suite une période de restriction due à la crainte de prendre du poids, ce qui prépare le terrain pour une nouvelle crise de boulimie. De plus, cette expérience a aussi démontré que lorsqu’on revenait à une alimentation normale, une plus grande proportion du « nouveau poids » était constituée de graisses. En effet après huit mois d’un régime normal, le poids moyen de ces hommes se situait à 110% de leur poids originel, tandis que l’indice de masse corporelle était à 140% de celle du départ. Une autre expérience plus récente (1985) a permis de découvrir qu’il existait un phénomène de contre-régulation chez les personnes observant un régime. Cette expérience consistait à rassembler un groupe de personnes soumises à un régime alimentaire et un groupe ne suivant aucun régime, et à leur faire prendre soit un repas léger, soit un repas riche en calories. On les laissait par la suite libres de manger à leur guise. Les participants qui n’étaient pas au régime s’ajustaient naturellement en mangeant plus après les repas légers et moins après les repas consistants. Le contraire se produisit chez les personnes au régime : après un repas léger (respectant leur restrictions), elles mangeaient peu, mais après un repas riche en calories, comme elles considéraient avoir déjà dépassé leurs limites, elles ne pouvaient s’empêcher de manger beaucoup. Et c’est ce qui se passe chez les jeunes femmes boulimiques : Dès qu’elles ont outrepassé ce qu’elles considèrent comme acceptable comme prise alimentaire (et c’est souvent très peu), elles se laissent aller à leur excès boulimique, cet écart agissant comme un élément désinhibiteur. On voit donc que la restriction calorique joue un rôle dans le déclenchement des crises de boulimie. C’est pourquoi une rééducation nutritionnelle s’impose. Aussi paradoxal que cela peut paraître, la meilleure façon d’éviter les crises de boulimie est de manger normalement, « sans restrictions ».
- Rééducation nutritionnelle; Dans le traitement des troubles alimentaires, on doit considérer la nourriture non pas comme une simple substance nutritive mais réellement comme une médication prescrite dans le cadre d’un processus de réadaptation comprenant 3 volets : 1- Régulation de la prise de nourriture :Des repas réguliers et des collations entre les repas ont précisément pour but de permettre aux patientes d’éviter cet élément déclencheur que représentent les périodes de restrictions alimentaires. On conseille donc de prendre chaque jour trois repas réguliers et trois collations : le matin, l’après-midi et le soir. L’objectif est de supprimer la sensation de faim intense à laquelle les personnes souffrant de troubles alimentaires ont tendance à résister jusqu’à ce que, n’en pouvant plus, elles démarrent une crise de boulimie.
2- Planification des repas : Cette planification prévoit l’horaire des repas et des collations, le choix des aliments et leur quantité. Un aide précieux : Le Guide Alimentaire Canadien pour manger sainement, pourra servir à la planification de l’ensemble des repas de la semaine ou au moins ceux du lendemain. On évite ainsi les achats impulsifs de nourriture. Il est conseillé à la patiente de préciser les aliments qu’elle entend prendre à chaque repas ainsi que chaque portion mais non pas en les pesant mais en évaluant ce à quoi peut ressembler une portion normale. Et ce conseil est important car on peut devenir aussi dépendant de ce rituel qui est de peser chaque aliment qu’on peut l’être à se peser quotidiennement. On demande que les aliments soient préparés la veille plutôt que juste avant les repas, au moment où la patiente a très faim. Dans le cas où la personne n’arrive pas au début à composer ses repas, pour une certaine période, on conseille d’acheter en épicerie des plats déjà cuisinés, où les portions sont en général normales. Sur une base temporaire, cela peut rassurer la patiente qui n’aura pas à évaluer les différentes portions de son repas. Elle pourra tranquillement réaliser ce que justement signifie une portion normale.
3- Désensibilisation aux aliments interdits : Les anorexiques, tout comme les boulimiques, ont cette liste en tête où se retrouvent tous les aliments qu’elles considèrent comme « interdits ». En général, ce seront les sucreries, le pain, les pâtes et pâtisseries, crème glacée, les sauces, les frites, etc… Et cette liste se modifie constamment. Éventuellement, dans un processus de traitement, il faudra envisager l’introduction progressive de ces aliments plutôt que de les éviter. Dans un premier temps, on suggère à la patiente de rédiger la liste des aliments qu’elle s’interdit , ainsi que la liste des aliments qu’elle consomme au cours d’un épisode de boulimie. On constatera que ces deux listes se ressembleront fort probablement. Par la suite, on classera ces aliments selon la puissance du degré de restriction de façon à pouvoir commencer la réintroduction de ces aliments interdits par ceux qui soulèveront le moins d’appréhension, donc qui auront moins de risque d’entraîner une crise de boulimie.
ELEMENTS DE PHYSIOLOGIE DIGESTIVE
Au début de la réalimentation, un repas même minime peut entraîner une impression de satiété, de ballonnements, des sensations désagréables qui ramènent souvent dans l’esprit de la personne cette pensée : « Je suis grosse ». Ces sensations n’ont rien à voir avec une trop grande prise de nourriture mais plutôt à un mauvais fonctionnement du tube digestif dû à la restriction. Ces sensations disparaîtront petit à petit, au fur et à mesure que s’installera une alimentation normale et régulière.
THÉORIE DU POIDS NATUREL (SET POINT) Chacun a un poids naturel prédéterminé biologiquement et génétiquement. En mangeant et en faisant de l’exercice normalement, la personne devrait atteindre ce poids à 1 ou 2 kilos près. Les fluctuations sont normales mais des écarts importants par rapport à ce poids déclencheront des mécanismes compensatoires. La théorie du poids naturel peut se comparer à celle de l’équilibre des liquides en physique, à la stabilisation interne selon laquelle le corps cherche à s’ajuster pour compenser toute perturbation. Ici la stabilisation correspond précisément à ce poids prédéterminé et les dépenses énergétiques quotidiennes semblent dépendre de ce processus d’équilibration, d’homéostatique. Il existe des mécanismes compensatoires qui résistent activement aux variations de poids. Si le poids est sous son niveau naturel, ces mécanismes favoriseront la reprise de poids en poussant la personne à augmenter sa prise de nourriture et en adaptant le métabolisme. Ce processus sera plus vigoureux si le poids de la personne est très éloigné de son poids naturel. Il est donc préférable de s’adapter à celui-ci plutôt que de passer sa vie à dépenser de l’énergie à le combattre. Eviter le phénomène du yoyo permet aux personnes de maintenir un poids naturel tant que l’alimentation sera normale. Mais, pour une personne anorexique ou boulimique, très souvent ces explications ne satisferont pas car pour elle, ces règles ne la concernent pas. Le déni du problème, la discipline qu’elle s’impose, le fait qu’elle en soit venue à ne plus ressentir les effets de la faim, lui font fortement douter de la véracité de ces explications. (à suivre)
Radio911, Émission 8, les troubles alimentaires: "Agir pour s'en sortir", part. 2
Les troubles alimentaires: "Agir pour s'en sortir", part. 2
COMPORTEMENTS COMPENSATOIRES: Comme on l’a vu jusqu’à présent, la plupart des crises de boulimie sont suivies de comportements compensatoires : vomissement, utilisation de laxatifs ou exercices physiques excessifs. Car le but est de perdre les calories absorbées. Or, il semblerait que ces comportements ne seraient pas très efficaces. On dit que les vomissements ne permettent de vider qu’une partie de l’estomac et non la totalité, ce qui correspond à 30-50% des calories ingérées. De plus, le tube digestif s’adaptera et l’absorption de la nourriture se fera d’autant plus rapidement que les vomissements seront fréquents. Il est possible que cette explication fonctionne avec un certain nombre de personnes, des personnes qui ne souffrent peut-être pas de troubles alimentaires. Un épisode de boulimie qui s’étend sur une période de 2 heures permettra très certainement au tube digestif d’absorber un certain nombre des calories. Mais lorsque l’épisode dure une vingtaine de minutes en tout (ce qui est très courant chez les boulimiques), les vomissements évacueront la majorité des aliments absorbés et il pourra éventuellement y avoir une perte de poids importante. Ce fut ce qui entraîna ma première hospitalisation. Quant aux laxatifs qui agissent sur le gros intestin, alors que la majorité de la nourriture est absorbée par l’intestin grêle, ils n’entraînent pas une perte de poids réelle. La balance peut indiquer qu’il y a eu une perte de poids mais cette dernière n’est due qu’à une perte d’eau, et aussitôt qu’il y aura réhydratation, il y aura aussi prise de poids.
COMPLICATIONS MÉDICALES En ce qui concerne les vomissements : - Gonflement des glandes salivaires (joues d’écureuil) - Erosion de l’émail des dents - Lacération et inflammation de l’œsophage - Baisse du taux de potassium entraînant des troubles cardiaques pouvant mener à la mort Prise de laxatifs : - Déshydratation - Atonie intestinal entraînant une constipation sévère - Baisse du taux de sodium entraînant des convulsions et insuffisance rénale - Œdème
Restrictions alimentaires: - Anémie, perte des règles - Baisse des proteines sanguine - Baisse de la tension artérielle et ralentissement cardiaque - Décalcification des os
RECONNAISSANCE DES SITUATIONS DÉCLENCHEURS ET ACQUISITION DE COMPORTEMENTS DE RECHANGE La plupart du temps, les comportements boulimiques sont déclenchés par différents stimuli physiques ou émotionnels. Sur le plan physique, la restriction et la faim sont de puissants déclencheurs de crise. Sur le plan émotionnel, on pourra reconnaître les stimuli par le biais de la tenue d’un journal dans lequel on décrit chaque crise et on analyse les situations qui l’ont précédée. (Décrire le tableau, p.99) On remarquera souvent que des émotions tels l’ennui, la solitude, la colère, la frustration, l’indécision précèdent les crises. Et la crise de boulimie agira comme un mécanisme qui réduira les tensions ou anesthésiera les émotions. Donc, on peut dire que toute situation de détresse peut devenir un élément déclencheur.
Il existe aussi d’autres stratégies d’adaptation : - Retarder de 20 à 30 minutes la crise en écoutant ses morceaux de musique préférés, en prenant un long bain ou en prenant une marche. Mais il faut ajouter que la crise de boulimie est une pulsion et qu’il est très difficile de la contrôler. On y arrivera petit à petit. - Analyser l’état émotionnel dans lequel on se trouve en la décrivant dans son journal personnel et en expliquant les circonstances qui l’ont provoqué. Encore là, il s’agit d’un comportement très difficile à faire car lorsque la personne se retrouve en crise, la logique et le contrôle de soi sont assez éloignées, tandis que le niveau de stress et d’angoisse eux, sont à leur maximum. - Relever les principaux problèmes de la journée et y faire face en utilisant une méthode de résolution de problèmes comprenant les étapes suivantes : a) Définir le problème par écrit b) Enumérer toutes les solutions possibles c) Analyser les conséquences des solutions en écrivant le « pour » ou le « contre » de chacunes d’elles. d) Faire un choix Si la patiente a accès à un thérapeute, ces stratégies peuvent être élaborées en commun
JOURNAL QUOTIDIEN J’ai déjà parlé de l’importance de tenir un journal alimentaire. La façon de le rédiger est la suivante : - Décrire chaque jour très précisément la quantité et le type d’aliments consommé préférablement à la fin du repas - Inscrire les moments où il y a eu restriction alors que la personne aurait pu manger - Noter les crises de boulimie, l’utilisation de laxatifs ou de diurétiques, les vomissements provoqués où tout autre comportement compensatoire. - Expliquer dans le journal le contexte émotionnel ou interpersonnel dans lequel il y a eu des comportements compensatoires ainsi que les pensées et les sentiments présents
GESTION DES CRISES - Avant la crise : Il faut que la personne tente de mettre les choses en perspectives, ne pas se laisser noyer dans des émotions et garder un contrôle rationnel. Le besoin irrésistible de faire une crise de boulimie doit en venir à représenter un signal indiquant qu’il faut se mettre à l’écoute de ses sentiments. Il s’agit donc de tenter de substituer à la crise de boulimie une tentative pour nommer les émotions en cause et trouver des comportements de rechange. - Après la crise : Il est encore temps de briser la chaîne « boulimie et vomissement ». Comme les vomissements perpétuent cette chaîne, ne pas les utiliser après la boulimie est déjà une victoire. Et si malgré tous les efforts, la personne n’y est pas parvenue, il est préférable de se dire « J’ai rechuté aujourd’hui mais j’essaie de nouveau dès maintenant de ne pas faire de boulimie ou de ne pas me faire vomir ». On met l’accent, non sur l’absence totale de crises mais plutôt sur le contrôle du nombre de crises. Ces notions psychoéducatives ne visent pas de faire disparaître complètement les crises mais plutôt d’enseigner à la patiente à jouer un rôle actif pour influencer l’évolution de ses difficultés.
I- RETROUVER ET MAINTENIR UN POIDS NORMAL Conséquences d’un jeûne prolongé : Effets psychologiques et comportementaux : - Intérêt démesuré pour la nourriture - Changements des habitudes alimentaires (café, gomme, liqueur diète) - Attitude compulsive et obsessionnelle plus marquée - Changements émotionnels : variation de l’humeur, anxiété, dépression - Désintéressement à l’égard de sa santé - Retrait social - Diminution de la libido - Peur de perdre le contrôle lorsqu’il y a reprise alimentaire
Effets physiologiques : - Troubles du sommeil - Problèmes gastro-intestinaux : constipation, ballonnement - Hypothermie, ralentissement du rythme cardiaque - Aménorrhée - Perte de cheveux, apparition d’un petit duvet sur le corps (laguno) - Œdème
REPRISE D’UNE ALIMENTATION NORMALE : Il est certain que la reprise de l’alimentation sera source d’anxiété : Il faudra que la patiente soit grandement motivée et fort préférablement appuyée par un thérapeute envers qui elle aura confiance. Car cette démarche fera l’objet d’un contrat, éventuellement écrit entre la patiente et son thérapeute qui comprendra les étapes suivantes : - Fixer le poids idéal à atteindre - Préciser la prise de poids hebdomadaire visée : Ex : 1 livre par semaine chez des personnes dont le poids est inférieur à 85% - Prescrire une diète fixant le nombre de calories quotidiennes. L’aide d’une nutritionniste est fortement suggérée - Tenir un journal quotidien : cet outil est particulièrement important car il est le reflet des efforts de la patiente et de ses difficultés en ce qui a trait à la correction des habitudes alimentaires - Restreindre les activités physiques : Ceci est aussi important qu’augmenter les apports alimentaires. La personne doit être très attentive à cet aspect car le fait de manger plus risque de susciter la tentation de faire plus d’exercices. - Supprimer progressivement les comportements purgatifs. La patiente doit viser à cesser tous les comportements purgatifs, qu’il s’agisse de vomissements provoqués ou de l’utilisation de laxatifs ou diurétique. Si vous vous dites actuellement que « c’est plus facile à dire qu’à faire », eh bien, je vous donnerai raison à 100%. Rien dans ce qui est présenté n’est facile à faire…et pourtant… - Se peser hebdomadairement : Dans le bureau du médecin ou autre intervenant de la santé. La patiente devra éviter de se peser plus d’une fois par semaine - Prendre ses 3 repas et ses 3 collations à heures fixes en ayant des portions normales et des aliments variés. Éventuellement, les catégories d’aliments interdits devraient disparaître. - Essayer d’être attentive envers les sensations de faim et de satiété.
Conclusion Ce sujet est très complexe et c’est ce qui fait que je vous présenterai la deuxième partie. Dites-vous que sur papier, le tout peut sembler élémentaire, mais dans la réalité, la patiente devra fort probablement faire le plus gros combat de sa vie, un combat pour sa vie.
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Radio911, Emission 8 Les diètes
Les diètes
En tout premier lieu, peut-on, objectivement affirmer que toutes les diètes sont inefficaces et inutiles. La réponse est évidemment « non ». Il n’est pas du tout dans notre intention de tout jeter, l’eau ainsi que le bébé. Dans des cas bien précis, on ne pourra pas y échapper. Pensons aux cas de personnes souffrant d’un diabète qui peut être contrôlé par une alimentation appropriée. Où du cholestérol? Pensons surtout aux gens (dont nos jeunes) présentant un surplus pondéral près de l’obésité. Il est tout à fait dans leur intérêt de suivre les recommandations médicales. Nous pouvons remarquer, en effet, que cette nouvelle génération de jeunes semble présenter des problèmes de plus en plus sérieux d’obésité, et ce n’est pas pour rien que les gouvernements tant provinciaux que fédéraux entendent poser des gestes concrets afin de contrôler ce problème. Retirer les machines distributrices dans les écoles, restreinte au maximum l’accès à la malbouffe. Et il sera même possible de déduire de nos rapports d’impôt fédéraux une partie des frais qui auraient servi à l’amélioration de la condition physique. Des sociétés privées ont elles-aussi enjambé le pas : Pensons à la Fondation Lucie et André Chagnon qui entends investir 400 millions $ sur une période de 10 ans. Il ne s’agit donc pas de « faire disparaître » les diètes, mais peut-être de mieux les connaître afin de pouvoir déterminer si elles sont nocives, si elles fonctionnent, lesquelles devraient être absolument à éviter, etc…
December 04 Radio911. Emission 7. Les troubles de l'alimentation et la grossesse, (part 2)Radio911. Emission no 7. Les troubles alimentaires et la grossesse, (part 2)
Bien sûr, il ne s’agit pas ici de dire que tout enfant né d’une mère anorexique présentera ces problèmes tout au long de sa vie. Pour une jeune femme souffrant de troubles alimentaires et qui découvre qu’elle est enceinte, plusieurs scénarios peuvent se présenter : Je vais vous présenter les quatre situations potentielles qu’on rencontre lorsqu’on se retrouve devant une jeune femme anorexique/boulimique qui devient enceinte
Scénario no 1 :
La venue prochaine d’un nouveau membre dans la famille peut avoir un effet très positif chez la femme. Ce fut mon cas. J’avais l’habitude de prendre une centaine de laxatifs par jour, sans compter les fois où je ne gardais pas ma nourriture. Mon poids était sous les 90lbs. Cette nouvelle a tout changé : Du jour au lendemain, ces prises excessives et dangereuses de laxatifs, diurétiques ont immédiatement cessé.
Je portais en moi un petit miracle et j’en appréciais chaque moment. La tâche était malgré tout difficile : Il me fallait reprendre une quinzaine de livres juste afin de pouvoir aborder cette grossesse de la façon la plus saine possible…sans oublier le poids que toute femme enceinte va prendre et qui sera le gage du bon développement du fœtus.
Dans la population souffrant d’anorexie ou de boulimie, la venue d’un enfant , peut pour certaines d’entre elles apparaître comme une période de paix, où le désir de fournir les meilleures conditions possibles au bébé va entraîner une quasi-disparition des comportements alimentaires anorexiques ou boulimiques. Ce qui signifie qu’on accepte de s’alimenter d’une façon beaucoup plus normale, que les vomissements ne se produisent plus. Comme cela faisait des années que je vivais dans ce monde tout à fait irréel, où mes rapports avec la nourriture étaient plus que défaillants, j’ai accepté l’aide d’une nutritionniste de l’hôpital Douglas qui me connaissait très bien et celle de l’hôpital où je devais accoucher car un diabète gestationnel s’était rapidement déclaré.
Souvent, on a tendance à relier « diabète de grossesse » et « surplus de poids ». Bien que ce lien soit exact, il existe aussi d’autres raisons : Une grossesse chez une femme de plus de 35 ans, ou chez une personne souffrant d’un trouble alimentaire.
On a évalué que je vivais, ce qu’on appelle une « grossesse à risque », ce qui m’a obligée à subir une amniocentèse, ainsi que de nombreuses échographies, sans compter la prise des signes vitaux du bébé deux fois par semaine. A la naissance de mon fils, je présentais un poids légèrement au dessous de la normale mais qui ne semblait pas inquiéter qui que ce soit. Ma grossesse s’est terminée à 36 semaines, mais comme je n’avais pas de date de conception, ce chiffre demeure, malgré tout, une évaluation. Mon bébé pesait 7 lbs. Jusqu’à ce moment, tout se déroulait dans le meilleur des mondes, si bien que bon nombre de personnes croyaient que cette grossesse avait réussi à mettre fin à cette maladie que je trainais depuis 15 ans.
J’avais longuement réfléchi à cette idée d’allaiter mon enfant. Angoisse, incertitude…ne me croyant pas apte à le faire, j’avais donc décidé d’utiliser les préparations lactées…Ce qui, en ce qui me concernait, s’avéra être une très mauvaise décision. Sortie de mon ventre, ce petit bébé me paraissait, certes, avoir bien besoin de moi, de mes soins, de mes attentions…mais mon alimentation ne le touchait plus. Cet enfant pouvait être alimenté par son père, par sa grand-mère…Je demeurais importante…mais pas en ce qui touchait la nourriture (du moins, c’était ainsi que j’analysais la situation). A l’intérieur d’un an, j’avais presque atteint le poids que je possédais avant de découvrir que j’étais enceinte. Affaiblie, j’ai finalement dû être hospitalisée.
Scénario 2 :
Sensiblement le même que le précédent, sauf que la maman poursuit le maintien de son poids et, même si les rechutes ne sont pas à exclure, on peut considérer que la patiente a su profiter de ces 9 mois pour réapprendre à bien s’alimenter.
Scénario 3 :
La jeune femme anorexique/boulimique tentera du mieux possible à contrôler ses pulsions alimentaires, sans y parvenir. La grossesse sera véritablement « à risque ». La solution qu’on proposera sera l’hospitalisation où on pourra contrôler l’absorption de la nourriture, éviter les vomissements et ainsi permettre au fœtus de bien se développer. C’est ce que j’appelle une solution de dernier espoir.
Scénario 4 :
Ce scénario ressemble à ce que j’ai vécu avec ma deuxième grossesse. Comme lors de la première, le tout s’était très bien déroulé, à l’exception que cette fois-ci, j’avais pris la décision d’allaiter mon enfant. Évidemment, lorsqu’on décide d’allaiter, il existe des tas de règles à respecter au niveau alimentaire. On se doit d’avoir une très bonne alimentation, équilibrée et de quantité suffisante. Lorsque j’ai décidé d’opter pour l’allaitement, je savais très bien que j’aurais à poursuivre une forme d’alimentation riche en nutrients, ce qui ne correspondait pas vraiment avec ce que je faisais tous les jours. Et pourtant, le désir de vouloir que ma fille soit bien alimentée m’a permis de me conformer aux règles alimentaires que ma nutritionniste m’avait soumise. Lorsqu’on calcule le temps, la grossesse m’a donné une pause de 7 mois, et l’allaitement, une autre période de presqu’un an.
Avais-je réussi à maintenir un comportement alimentaire adéquat? Oui, pour une période de presque 18 mois. Et c’est là qu’on peut se rendre compte à quel point un événement marquant peut réactiver ces troubles de l’alimentation…On se trouvait au début de l’automne, et je venais d’apprendre que j’étais de nouveau enceinte. Il s’agissait d’un autre petit miracle! Venant d’une famille de quatre filles, il m’était tout à fait normal de me retrouver avec une belle petite famille de trois enfants. Mon comportement alimentaire était redevenue « adéquat ».
Mais le destin en avait décidé autrement : Aux alentours de la 26e semaine de grossesse, j’ai passé une échographie de routine. Le drame n’était pas loin. Le fœtus semblait présenter des problèmes majeurs. Ne bougeant pas, les médecins ne pouvaient déterminer s’il s’agissait d’un trouble neurologique ou d’une paralysie complète.…et j’ai dû subir un avortement thérapeutique…
Que dire de tout cela? Une incompréhension? Un enfer? J’ai perdu ma petite bébé Katherine… Et je me suis retrouvée, encore une fois, hospitalisée à l’unité des troubles alimentaires pour une période de 4 mois…
Conclusion
Il m’apparaît tout à fait responsable de demander cette aide. Le bébé ne vient pas au monde avec un CD explicatif, mais avec des gens qui peuvent nous soulager quelque peu, on peut peut-être éviter bien des écueils
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Radio911: Emission no 7: Les troubles de l'alimentation et la grossesse, (part 1)
Les troubles de l’alimentation et la grossesse (part 1)
Comme on l’a vu jusqu’à présent, les troubles alimentaires sont des problèmes difficiles et fort complexes. Et lorsqu’on sait le poids que la future mère devra accepter de prendre, plusieurs personnes peuvent se demander pourquoi une femme souffrant d’anorexie ou de boulimie voudrait avoir un enfant…Souvent, comme je vais l’expliquer plus bas, il ne s’agit pas d’un événement prévu. Mais une fois la grossesse confirmée, la personne va plonger dans ce voyage de neuf mois avec la meilleure volonté du monde. Mais dans un premier temps, il serait intéressant de voir si les troubles alimentaires peuvent affecter la fertilité : On a donc constaté que l’anorexie, plus particulièrement, réduit les chances de concevoir. La plupart des femmes anorexiques n’ont pas de cycles mentruels, tandis que 50% des boulimiques vont présenter des cycles irréguliers. Il peut donc être difficile de devenir enceinte. Mais ce n’est pas impossible. La sous-alimentation peut compliquer la façon dont va se vivre une grossesse, mais ne l’empêche pas complètement. Souvent, la femme deviendra enceinte sans le savoir. N’ayant pas de règles, il est assez difficile de deviner si on est enceinte ou non. Par contre, les modifications progressivement subies par le corps, risqueront d’alerter la personne. Lorsque j’ai réalisé que j’étais enceinte de mon premier enfant, il s’était déjà écoulé de 12 à 14 semaines. N’ayant aucune façon de prévoir la date de l’accouchement, j’ai donc dû me fier aux informations fournies par les nombreuses échographies (évaluation de la croissance du fœtus par les mesures des membres, du crâne).
Il est certain qu’une femme, désirant avoir un enfant, devrait viser une amélioration de son comportement alimentaire. Ce qui est encourageant, c’est qu’une personne souffrant d’un trouble alimentaire peut mettre au monde un bébé en bonne santé, surtout si elle parvient à bien s’alimenter. La femme devra être en mesure de bien comprendre tous ces multiples changements. Souvent, la personne souffrant d’un trouble alimentaire, ne ressentira pas les demandes qui lui sont transmises par leur corps. On risque donc de se retrouver devant des femmes qui auront une difficulté plus importante à suivre les signaux Ce problème est très courant, plus particulièrement lorsque la patiente souffre d’un trouble alimentaire depuis plusieurs années. Il semblerait y avoir un mauvais fonctionnement de l’hypophyse. Mais, en observant des heures de repas réguliers, même en l’absence de la sensation de faim initiale, il pourra se produire une régulations de ces hormones, permettant ainsi à la personne de pouvoir identifier les signes de la faim. Lorsqu’une femme souffrant d’anorexie/boulimie se retrouve enceinte, elle n’aura d’autre choix que de suivre un programme alimentaire rigoureusement, sans le questionner.
La grossesse demeure une étape importante dans la vie d’une femme. Afin de pouvoir bien la rendre à terme, la personne devra comprendre qu’elle devra accroitre son apport calorique, vitaminique, de minéraux et de hydrates de carbone. Quand on se trouve devant une femme ne présentant aucun trouble alimentaire, on évalue qu’elle devra augmenter de 200 calories par jour sa consommation alimentaire (qui chez une personne normale se situe aux alentours des 1800 cal.) Par contre, la femme atteinte d’anorexie devra, dans un premier cas, tenter d’accroître son apport calorique. Par exemple : d’une absorbtion de 600-800 cal. , elle devra comprendre qu’il va lui falloir, dans un premier temps, atteindre un minimum de 1600 cal. Par la suite, elle devra aussi augmenter de 200 cal pour en arriver à un total de 1800. Ces chiffres sont extrêmement conservateurs et constituent presque le minimum acceptable pour une personne enceinte. Car les conséquences d’une sous-alimentation peuvent être importantes. Lorsque ces réserves ne sont pas disponibles, les risques de complication grimpent en flèche. Notons entre autre une fatigue extrême, un état dépressif, ainsi que les chances d’avoir une grossesse à risque. Le fœtus peut-il survivre à un tel état de dénutrition? Oui, il est fort possible que le bébé s’en sorte relativement bien pour la simple raison qu’en l’absence de surplus alimentaire, il ira piger dans la masse corporelle, les muscles de la mère et s’appropriera tout ce dont il a besoin pour se développer. Mais il existe un « petit » problème, soit l’état de la mère elle-même. En effet, après l’accouchement, elle risque de se retrouver dans un état de faiblesse qui la rendra peu résistante aux nombreuses exigences que demandera le nouveau-né. Nous savons déjà comment les 3 premiers mois suivant la naissance du bébé sont exigeants : Allaitement, sommeil affecté, heures irrégulières…Les risques de dépression post-partum qu’on rencontre souvent chez les nouvelles mamans, seront beaucoup plus élevés chez la personne ayant un trouble alimentaire.
Au cours de la grossesse, les femmes peuvent s'attendre à gagner en moyenne 25 à 35 lbs. Alors que la majorité des futures mamans comprennent bien que cette prise de poids est normale, qu'il s'agit d'une étape naturelle, les femmes ayant des problèmes alimentaires, quant à elles, peuvent être terrifiées par cet aspect de la grossesse et plonger dans un état dépressif au fur et à mesure que se produit le gain de poids. D'une façon générale, la grossesse est une période remplie de défis, d'inquiétudes mais aussi de satisfaction, de bonheur. Malheureusement pour l'anorexique, cette période pourra être extrêmement difficile à traverser.
Les risques associés à la grossesse : Chaque trouble alimentaire possède sa propre série de risques au cours de la grossesse. Les femmes anorexiques peuvent ne pas gagner suffisamment de poids lors de la grossesse, ce qui peut entraîner la naissance d’un bébé de petit poids. Or, nous savons très bien que cette catégorie de bébés peut présenter d’autres problèmes justement à cause de ce faible poids. En ce qui me concerne, mes enfants ont tous été prématurés, et ma petite fille, à sa naissance, ne pesait que 3,7 lbs, ce qui a entraîné un séjour prolongé à l’hôpital de 3 semaines. De plus, lorsque nous sommes retournées à la maison, le CLSC nous envoyait une infirmière qui venait la peser aux 2 jours afin de bien suivre la courbe de croissance.
Les femmes souffrant de boulimie risquent de présenter un débalancement électrolytique, des palpitations cardiaques et une déshydratation importante. On note aussi l’augmentation des risques de diabète gestationnel, étonnamment aussi de haute ou basse pression. Souvent, lorsqu’on parle de diabète gestationnel, on s’attend de se trouver devant une personne ayant un surplus de poids assez important, ou devant une personne âgée de plus de 30-35 ans. Chez les boulimiques, les règles diffèrent. Le poids peut être normal, mais à cause de tous ces débalancements hormonaux, électrolytiques dû aux vomissements provoqués, le diabète de grossesse pourra apparaître. Qui dit « diabète gestationnel » dit aussi « possibilité d’un bébé de poids élevé ». Et cette situation présente aussi des risques de complication chez le nouveau-né et des dangers pour la mère. De plus, en présence d’une personne qui utilise des laxatifs, des diurétiques, sur une base régulière, on se doit de craindre des complications sur le fœtus lui-même. Car ces substances empêchent les nutrients, les fluides de se rendre jusqu’au bébé et de le nourrir. Il y a donc une possibilité que l’effet des laxatifs et autres médicaments de la sorte, entraîne des anormalités chez le foetus, anormalités qui pourront être mortelles. En bref voici les principales complications qu’une future maman souffrant d’anorexie pourra rencontrer : - Liquide amniotique insuffisant, donc alimentation insuffisante - Bébé prématuré, et dépendant du nombre de semaine de gestation, les problèmes pourront être plus sérieux : jaunisse, arythmie… - Taux plus élevé de fausse-cauche ou de décès à la naissance - Taux plus élevé du nombre de décès de bébés en bas d’un mois - Possibilité plus élevée de mettre au monde un enfant de petit poids - Mauvais score au test APGAR (ce qui est le test que tout nouveau-né subit dès qu’il quitte le ventre de sa mère. On y calcule la capacité de respiration, le poids, les réflexes…) - Séparation du placenta - Risque de mettre au monde un enfant aveugle et souffrant d’un retard mental. - Nécessité d’une césarienne étant donné le nombre de ces bébés qui se présentent par le siège. 26% chez les patientes atteintes par rapport à 15% chez la population normale - Plus petit poids - Développement plus lent tant physique que mental, à différentes échelles - Difficultés dans ses rapports avec ses pairs. En grandissant, ces petits bébés auront une tendance à jouer seuls et il n’est pas à exclure que l’arrivée au primaire se passe plutôt difficilement. Si je peux me permettre de vous faire une petite suggestion : Tenter d’intégrer votre enfant à une école offrant le programme de pré-maternelle. Contrairement à la maternelle, où les enfants se retrouvent à l’école une journée toute entière, la pré-maternelle ne dure qu’une demi-journée et demeure un endroit assez privilégié afin de leur permettre de développer leur socialisation. De plus, si l’enfant semble présenter certaines difficultés tant au niveau intellectuel que psychologique, les demandes d’aide pourront rapidement être amorcées, permettant ainsi un suivi plus efficace. - Émotivement plus dépendant. à suivre..... Radio911: Emission no 6: Les troubles alimentaires et les relations amoureuses (part. no 2)
Radio911: Emission no 6: Les troubles alimentaires et les relations amoureuses, (part 2)
J’ai choisi dans le cadre de cette émission de laisser mon conjoint vous expliquer la façon dont il a dû s’adapter à sa nouvelle conjointe et à son problème plutôt particulier. J’aimerais donc vous présenter Robert Hubert. Nous nous sommes mariés le 14 juin 2003. Déjà 4 ans et demi! Lorsque je l’ai rencontré, je m’étais faite une obligation de ne rien lui cacher de ma situation. Je venais de sortir de 4 mois d’hospitalisation ainsi de des 6 mois de convalescence de ma petite fille de 18 mois qui venait de subir 3 opérations majeures visant à corriger une malformation cardiaque qui n’avait jamais été détectée depuis sa naissance et qui auraient pu lui coûter la vie à n’importe quel instant. Je vivais donc une période de stress intense où le potentiel d’une rechute était très élevé, où le manque de sommeil, l’inquiétude concernant l’état de ma fille, le suivi de mon garçon qui venait de commencer sa maternelle avaient déjà commencé à me faire perdre le poids que j’avais difficilement repris à l’hôpital. Telle était donc ma situation :
QUESTION 1 : Avant de me connaître, que connaissais-tu de cette maladie? Pas grand-chose, ou plutôt le minimum que toute personne sait ou croit savoir car tant qu’ on ne vit pas dans le milieux anorexique, je croyais que ce n’était que quelqu’un qui ne mange pas pour maigrir et rester mince ou qui se faisait vomir pour perdre du poids. Pour moi ce n’était même pas une maladie et encore moins une maladie mentale si complexe
QUESTION 2 : Qu’est-ce que tu as trouvé le plus difficile? Ne pas comprendre pour commencer, être si ignorant devant une situation qui hante et détruit petit à petit la femme que j’aimais tant et de voir, en plus, qu’elle voyait très bien mon incompréhension et mon désarrois. Je crois que c’est en partie ce qui a sauvé notre couple, car ma frustration de ne pas comprendre, s’est transformé en soif de savoir, de connaitre cette maladie et finalement …….comprendre. J’ai pris une pause, je me suis contenté de regarder la situation évoluée et observer les comportements anorexiques. De toute façon j’étais ignorant et impuissant et plutôt que de faire des erreurs, je me suis mis à lire tout ce qui me tombais sous la main sur le sujet. Si on allait à la librairie, je m’achetais un livre traitant d’anorexie et je le dévorais. Sans le savoir, cela gagnait la confiance de Marie-Claude car elle me voyait intéressé par sa situation.
QUESTION 3 : Les erreurs à ne pas faire? Se fâcher, essayer de forcer directement la malade à manger ou à changer son comportement anorexique. Il ne faut pas se battre contre l’anorexie car le risque est beaucoup plus grand pour nous que pour elle. Plutôt que de se battre, il vaut mieux essayer de vivre avec l’anorexie comme si c’était du diabète ou une maladie cardiaque. Se créer une nouvelle façon de vivre tout en minimisant les habitudes dévastatrices que crée cette maladie.
QUESTION 4 : La tentation apparaît-elle souvent de « tout lâcher »? As-tu déjà ressenti le désir de dire « c’est assez, je n’en peux plus »? Oui, à quelques reprises, mais dans ces moments, je me remémorais tous les merveilleux moments que nous avions eus depuis notre rencontre et je faisais le bilan des bons moments et des mauvais. Chaque fois les bons moments étaient beaucoup plus importants que les mauvais. De plus, il ne faut jamais agir sur un coup de tête et comme on s’est toujours dit : « .Demain ça ira mieux », et effectivement ça allait mieux.
QUESTION 5 : Jusqu’à quel point doit-on s’impliquer dans le traitement de sa conjointe? De quelle façon vois-tu ton intervention dans le processus de traitement? On ne doit pas s’imposer. Si on s’implique, ce doit être discrètement. Par exemple, s’il y a des mets, fruits ou autre chose que la malade aime beaucoup, eh bien toujours en avoir en inventaire et les laisser passablement à la vue. Ainsi ca ne crée pas d’obligations, mais propose ou donne l’idée de le prendre et si la personne le prend, faire comme si on ne le savait pas et le remplacer. On peux aussi tout simplement dire ce qu’il y a de prêt à manger sans dire qu’elle doit le prendre.
QUESTION 6 : Comment te sentais-tu perçu par les intervenants de la santé? Mal, J’avais toujours l’impression qu’ils pensaient que j’allais laisser tomber la semaine prochaine. J’avais aussi la certitude que tous croyaient que je surprotégeais Marie-Claude ou que je l’emprisonnais. Ils ne comprenaient tout simplement pas que je l’accompagnais par soutien et bien sûr par amour.
QUESTION 7 : Tes recommandations pour les proches? Deux mots : Compréhension et patience, rien de plus. Il faut se rappeler aussi qu’il y a des hauts et des bas.
QUESTION 8 : Nous n’avons pas eu ce genre de soutien mais crois-tu en la thérapie de couple? Oui, si le conjoint est sérieux et qu’il n’y va pas pour faire une prestation théâtrale ou par obligation. Il doit y aller pour aider, comprendre et apporter sa vision de la situation à la maison. Nous n’en avons pas eu, mais quand je l’accompagnais dans le bureau de la psychologue, je crois que c’était l’équivalent.
QUESTION 9 : Comme tu le sais maintenant, cette maladie est complexe et ne disparaît pas si facilement. Parfois, elle ne fait que sommeiller pour réapparaître à un certain moment, généralement dans des moments de stress, de difficultés. Comment vit-on de la sorte? Au maximum, en profitant des moments de répit, ainsi cela donne de la force pour les moments difficiles qui viendront. Vivre un jour à la fois sans s’inquiéter du lendemain
QUESTION 10 : Crois-tu qu’il est, malgré tout, possible de vivre une relation qui peut être satisfaisante? Oui bien sûr, et même plus que satisfaisante, si l amour est présent et fort rien n’est impossible. Il faut savoir garder son cœur d’enfant ou plutôt d’adolescent et l’innocence qui s y rattache. Un enfant ne se demande pas, lui s’il va être malade demain ou la semaine prochaine
Je te remercie énormément d’avoir voulu participer à cette émission. Je crois qu’il est extrêmement intéressant d’avoir les commentaires d’une personne proche qui a une vision des choses différentes parce que provenant de l’extérieur de moi. Cette semaine, j’aimerais vous suggérer un livre que je considère très bien fait, complet. Il ne s’agit pas d’une autobiographie mais plutôt d’un ouvrage de référence qui peut répondre à bon nombre de questions tant de la part des personnes souffrant des troubles alimentaires, de leurs proches, que des personnes travaillant dans le domaine hospitalier, infirmières, médecins, psychologues…
Pomerleau, Guy. – Anorexie et boulimie : comprendre pour agir. – Gaétan Morin éditeur ltée, (Démystifier les maladies mentales), 2001. – 201 p. – Comprend des réf. bibliogr. et un index. - ISBN 2-89105-791-0
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Radio911: Les troubles alimentaires: Emission 6: Relations amoureuses part. no 1Troubles alimentaires et relations amoureuses (part no 1)
Comme on a pu le constater, la vie quotidienne des personnes souffrant d’un trouble alimentaire n’est pas simple. Isolées, vivant dans un univers surréaliste, on pourrait croire qu’elles n’ont pas de liens de nature amoureuse. Et pourtant, cet énoncé n’est pas exact. Certes une relation amoureuse, dont une des personnes est anorexique ou boulimique, n’est pas simple. Comment voir sa conjointe quasiment fondre devant ses yeux sans qu’on ne puisse rien faire? Comment réagir lorsqu’on se rend compte que notre jolie conjointe maintient sa taille en se faisant volontairement vomir? Que dire lorsqu’on retrouve, dans les poubelles, comme ça, par hasard, des emballages de laxatifs qu’elle absorbe en quantité astronomique? On se sent trahi : En effet ne vit-on pas dans un univers de mensonge, de tromperie? Et on se demande « pourquoi »? La situation peut devenir intolérable : Le conjoint se met, par exemple à tout suspecter, à tout surveiller : le contenu du garde-manger, du réfrigérateur, des sacs de poubelles tandis que l’anorexique essaie de remplacer ce qu’elle aura pris au cours d’un épisode de boulimie, ou jetera le contenu d’un repas normal dans les toilettes afin de donner l’impression qu’elle a bel et bien mangé. Il se développe un climat de méfiance qui devient difficile à supporter. Il s’agit d’un fait reconnu qu’un couple, où l’un de ses membres souffre d’un trouble d’ordre mental n’a que peu de chance de survivre à cette épreuve. Mais est-ce que cela signifie qu’il ne sert à rien de tenter de comprendre ce qui ce passe et de dépasser les difficultés? Selon qu’on présente un diagnostic d’anorexie ou de boulimie, les complications dans le couple seront différentes. L’anorexique, autant par son alimentation que par ses craintes éprouve, en général, de grandes difficultés à envisager l’intimité, l’idée même d’une relation sexuelle. Il existe certes des raisons d’ordre psychologique mais on ne doit pas non plus négliger le fait qu’une personne en état de sous-alimentation verra sa libido diminuée. Et qu’il s’agit là d’un phénomène purement physiologique. On ne peut donc pas automatiquement conclure que l’anorexique ne pourra jamais vivre une relation amoureuse harmonieuse avec une sexualité active. Mais tant que la personne n’aura pas pu gagner un certain poids (qui permettrait la réactivation de tous ces cycles hormonaux qu’on retrouve chez la population féminine en général), on aura l’impression de se trouver devant une personne qui présentera des problèmes importants dans sa relation amoureuse.
L’anorexique, comme n’importe quelle personne, désire être aimée, acceptée. Elle peut présenter une excellente disponibilité envers le conjoint, une disponibilité plutôt intellectuelle. Par contre certains domaines demeurent intouchables. L’anorexique n’acceptera pas de mieux s’alimenter afin de satisfaire les attentes d’un conjoint. En d’autres termes, ne demandez pas à une anorexique de modifier ses comportements alimentaires afin de satisfaire son conjoint. Ne lui demandez pas de choisir entre « vous » et « l’anorexie ». Malgré les meilleures intentions du monde, ses efforts risquent peu de réussir parce qu’en général, à l’intérieur d’elle-même, l’anorexique mise au pied du mur, ne parviendra pas à imaginer sa vie sans cette maladie. Et l’impression sera qu’elle aura choisi l’anorexie au détriment du conjoint. Les interrogations de l’entourage deviendront importantes : Pourquoi choisir une maladie plutôt que l’amour d’un conjoint? Les réponses sont nombreuses et souvent feront référence au vécu particulier de l’anorexique : « Un amoureux peut toujours nous quitter », « cette maladie ne m’a jamais laissée tomber », « entre la « sécurité » que semble nous donner la maladie, et « l’incertitude » que les relations amoureuses peuvent présenter, le choix lui semble plutôt facile à faire.
Souvenons-nous aussi que les personnes ayant des troubles alimentaires manifestent une faible estime d’elle-même et ont une vision négative de leur image corporelle. Ce qui peut poser un autre problème à l’intérieur du couple. En effet, elles seront assurément réticentes à dévoiler leur corps, pourront se montrer indifférentes face à l’acte sexuel lui-même. Comme je l’ai mentionné plus haut, si la personne présente un poids nettement au dessous de la normale, sa libido ne sera pas très active. De plus, certaines médications qu’on prescrit aux anorexiques (comme des antidépresseurs) ont comme effet secondaire la diminution de la libido. A ce sujet, il semblerait de la prise de supplément alimentaire tel le « Ginko Bikoka » (qui provient d’une plante) permettrait de contrer cet effet secondaire.
Encore là, on peut noter une différence comportementale entre les anorexiques et les boulimiques face aux relations sexuelles : Tandis que les premières tentent de les éviter, les deuxièmes paraissent les rechercher afin, semblerait-il, de ne pas se sentir seules. La vie sexuelle peut finir par devenir « imprévisible », « à risque », instable et coûteuse en ce qui a trait aux impacts psychologiques d’une vie désordonnée.
Devant un tel tableau, on pourrait être tenté de penser qu’en plus du problème de boulimie, les troubles associés à cette problématique, comme le « trouble de la personnalité-limite » dont on sait qu’il se retrouve très souvent chez ces patientes, joueront aussi sur leurs comportements (impulsivité, goût du risque…)
Il est très difficile de vivre une relation amoureuse avec une personne souffrant de troubles alimentaires. Au tout début, amoureux, plein de bonne volonté, le conjoint va tenter de comprendre les comportements de son amie. Il va vouloir savoir ce qu’elle mange, essaiera de la convaincre d’accroître son apport calorique. Et malheureusement, il risquera de se heurter à un mur de glace. Progressivement alors, le conjoint finira très souvent par admettre son impuissance face à cette maladie. L’impuissance pourra se transformer en colère devant ce qu’il considérera comme étant un manque de collaboration de la part de la personne atteinte.
Scénario no 1 : Le couple se défait. La tension est devenue trop forte pour les deux parties : l’anorexique aurait aimé pouvoir offrir ce que l’ex-conjoint demandait mais elle n’y est pas parvenue et éprouve une terreur à l’idée qu’on pourrait essayer de s’intégrer à nouveau dans sa routine alimentaire. Quand au conjoint, il considèrera avoir tout essayer et ne sera plus capable de vivre dans un climat où déni, mensonge et un ensemble de comportements qu’il voit comme étant dangereux sont au rendez-vous. Ce scénario est très courant. Scénario no 2 : Le couple peut sembler fonctionner mais on se rend vite compte qu’il fonctionne dans le silence. Personne ne parle du problème. En fait, c’est comme s’il n’y avait pas de problème. Et pourtant les signes sont là. L’anorexique se sent de plus en plus isolée, ce qui n’aide | ||||||||||||||||||||||||