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19 April Massacre à Virginia Tech: Des signes d'alarme??Massacre à Virginia Tech: Des signes d'alarme?
Lundi le 17 avril 2007, se produisait un événement tragique. Entre 7h00 et 10hres, un étudiant,
Cho Seung-Hui abattait 32 de ses confrères, consoeurs et certains membres du corps enseignant,(donc une enseignante provenant du Québec) faisant de cette tuerie dans un établissement d'enseignement la plus meurtrière des Etats-Unis. Le tueur "de masse" (Mass murderer) n'avait, à première vue aucune caractéristique spécifique. Silencieux, vivant en retrait, il écrivait des nouvelles qui ont fait frissonner ceux qui les ont lu tant le contenu était dérangeant: Morbide, violent, avec ces mots récurrants "I want to kill Dick"(Dick étant le caractère d'un beau-père dans sa nouvelle "Richard McBeef") et dans un second écrit "Mister Brownstone" ou se retrouvent à répétitions les phrases suivantes "I want to kill the teacher....I want to see all of them die" (le contenu intégral de ces deux textes peut être consulté sur le site suivant: http://news.aol.com/virginia-tech-shootings/cho-seung-hui/_a/mr-brownstone-title-page/20070417141309990001 . Il est possible que le chargement soit ralenti dû à l'achalandage).
Mais que peut-on faire face à des textes disturbants, dérangeants? En toute honnêteté pas grand chose si ce n'était de conseiller Cho de rencontrer un psychologue pour finalement se résoudre à le retirer du cours de poésie, ce qui fut finalement fait. Les informations sortent de plus en plus. Cette explosion de rage, nous le savons désormais, était prémédité. Cho Seung-Hui a pris la peine de faire parvenir au réseau NBC un manifeste d'environ 3 pages qui justifiaient ses actes, des photos et enregistrements vidéo: (traduction effectuée à partir du site de CNN www.cnn.com
"Vous aviez des centaines de milliards de chance, de moyens, afin d'éviter la journée d'aujourd'hui. Mais vous avez décidé de verser mon sang. Vous m'avez poussé dans un coin, me donnant ainsi une seule option. Cette décision fut la vôtre. Maintenant vous avez du sang sur les mains qui ne disparaìtra jamais".
"Vous aviez tout ce que vous désiriez. Votre Mercédès ne vous suffisait pas, bande d'enfants gâtés. Vos colliers en or n'étaient pas assez, vous, snobs. Vos actions, vos trusts n'étaient pas non plus suffisants? Votre vodka, votre cognac, pas plus. Vos vies de débauches pas assez? Toutes ces choses n'arrivaient pas à combler vos besoins hédonistes? Vous aviez tout!"
Dans ces propos captés sur vidéo, on peut facilement ressentir la rage du tueur. Mais tout psychologue vous le confirmera: On ne devient pas une bombe ambulante en quelques jours, quelques mois. Il existe une progression dans la transformation. En 2005, Cho Seung-Hui présentait déjà certains signes d'un dérèglement mental : il avait eu des comportements plus qu'inquiétants avec les femmes si bien que ces dernières portèrent officiellement plainte contre lui. Une décision de la Cour imposa qu'il subisse une évaluation psychiatrique. On a alors clairement indiqué que ce jeune homme représentait un réel danger pour lui-même. Dans les documents médicaux présentés à la Cour, on avait bel et bien inscrit qu'il souffrait d'une maladie mentale. Une période d'internement fut même suggérée. Cela aurait-il pu changer quelque chose? Qui sait? Cho Seung-Hui présentait des signes de paranoïa, de dépression et possiblement de psychose. Toutes ces maladies mentales sont désormais de mieux en mieux traitables avec l'aide de médications de plus en plus efficaces. Mais Cho retourna sur le campus et se confondit à nouveau avec les murs, les salles de cours, toujours aussi silencieux, toujours aussi ignoré. Contrairement aux deux adolescents responsables du massacre de Columbine, soit Eric Harris et Dylan Klebold qui avaient subi moqueries, isolement de la part de leurs pairs et qui avaient fini par se croire justifiés, investis de la mission de prendre leur revanche et de faire comprendre l'immense rage qui les habitaient, même s'ils savaient que les deux derniers à abattre seraient eux-mêmes, Cho Seung-Hui n'apparait pas, selon ce que l'on sait, avoir été victime de harcèlement et autres mauvais traitements. Mais il vivait dans un monde de moins en moins accessible, un monde d'insatisfaction où progressivement les directeurs, les professeurs, les étudiants de Virginia Tech furent identifiés à des gens sans morale, qui ne lui accordaient aucun sens d'exister, aucun espace pour survivre. Encore une fois, paranoïa, accès psychotique?
Ce fut le 9 février 2007 que Cho se procura sa première arme, un 9 mm. Il présenta 3 pièces d'identité et la transaction d'environ 550$ s'effectua sans peine. Quelques deux semaines plus tard, il retourna chez le même armurier, cette fois-ci pour un 6mm. On peut soulever ici la facilité avec laquelle, il est possible, aux Etats-Unis, de se procurer des armes de toute sorte. Comme ce droit de posséder des armes est garanti par la Constitution, et que le lobbying auprès du gouvernement est très fort, il serait fort étonnant de voir ce droit restreint, voire contrôlé. Mais pourrait-on envisager certaines mesures toutes simples afin d'accroître la sécurité? Fort probablement. Premièrement l'âge de l'acheteur et le type d'arme désirant être achetée. Habituellement la raison très souvent soulevée est celle de la chasse. Mais lorsque l'arme demandée ne correspond pas au but invoqué, ne serait-il pas possible de permettre à l'armurier d'investiguer un peu plus le cas? Si l'acheteur désire aussi acquérir quelques 200, 300 munitions, des nombres passablement élevés, le vendeur là-aussi ne devrait-il pas doublement être prudent, prendre en note les différentes informations du client quitte à les transmettre, par la suite, aux policiers qui pourraient ainsi garder un oeil sur l'individu?
En ce qui concerne l'état mental d'un acheteur potentiel, un armurier qui aurait des doutes, pourrait peut-être demander un document officiel qui certifierait la sanité du client.
" Ce qui a démontré une certaine efficacité," mentionne M. Cusson, professeur en criminologie à Université de Montréal, "fut justement ces genres de mesures de contrôle appliquées aux porteurs d'arme.". Par exemple: un conjoint violent devrait se voir retirer ses armes à feu, quitte à ce que les autorités ayant fouiller le domicile...Les policiers, sur le terrain, pourraient, aux cours d'opérations auxprès des délinquants, vérifier les ports d'armes et les confisquer...
Mais qu'ont en commun ces Charles Whitman, Marc Lépine, Eric Harris, Dylan Klebold, Kimveer Gill, Cho Seun-Hui ?
1- Assurément un niveau élevé de frustration dans un grand nombre de secteurs: académique, relations interpersonnelles, relations "unipersonnelles".
2- Un sentiment de victimisation: difficultés d'intégration scolaire, différences raciales, et même de genre: N'oublions jamais que Marc Lépine avait visé les femmes comme cibles lors de cette autre journée tragique du 6 décembre 1989, à l'Ecole Polytechnique de Montréal.
3- La solitude: Un critère qui semble être une constante. En général peu de rapport proche, sauf en ce qui concerne les deux tueurs de Columbine.
4- Un élément déclencheur: Le domaine insaisissable...Une rupture? Une déception? Un sentiment de vide si grand qui fait dire "qu'aujourd'hui, c'est le jour J"?
Que peut-on retenir de tout cela? Malheureusement, il serait illusoire de croire que ce type d'événements ne pourrait se reproduire. Que l'accès aux armes est d'un laxisme incroyable et qu'il faudrait y voir? Que la détection de personnes en difficultés souffre d'un manque de ressources évident?
Sans vouloir diminuer les événements de Virginia Tech, j'aimerais juste dire qu'en cette même journée du 17 avril 2007, 144 hommes, femmes et enfants mourraient dans un attentat à la voiture piégée dans ce pays qu'on appelle l'Irak.
N.B. Cho Seung-Hui savait-il que le 17 avril commémorait l'Holocauste?
15 April Article paru dans l'hebdo du St-Maurice: Quand la nourriture devient une ennemieLe 14 avril 2007 L’Hebdo du St-Maurice www.lhebdodustmaurice.com Andrée-Anne Trudel andree-anne.trudel@transcontinental.ca avec la collaboration de Marie claude De Sève mcdeseve@hotmail.comQuand la nourriture devient une ennemie Le pèse-personne affichait 125 livres quand Marie-Claude De Sève était âgée de 21 ans. Ce poids, que la plupart qualifient “de santé”, “d’idéal” et “de correct”, était un fardeau pour la jeune femme. Depuis maintenant plus de vingt ans, Marie-Claude De Sève doit partager sa vie avec sa maladie, l’anorexie. C’est après un commentaire désobligeant à son égard que Marie-Claude sombra. «Hé que tu serais plus belle avec un plus petit cul», s’était-elle fait dire. Ces paroles, d’un membre de sa famille devant sa mère qui n’eut aucune réaction, furent l’élément déclencheur. Pour se faire aimer, Marie-Claude commença une diète très stricte tout en s’entraînant de façon excessive. La diète se transforma très vite en anorexie, maladie très peu connue à cette époque. «L’anorexie entre dans une vie, mais elle ne dit jamais quand elle quitte...si elle quitte, explique cette Grand-Méroise. Après les premiers temps, tout le monde trouvait que j’étais bonne! Je respectais ma diète et tout. C’est vrai qu’en 1984, ce n’était pas vraiment connu. Mais ce que tout le monde trouvait si bon au début est vite devenu un film d’horreur.» Elle put mettre un nom sur ce qu’elle vivait lorsqu’elle lut une revue où on annonçait la mort de Karen Carpenter, leader du groupe "The Carpenter", âgée de 32 ans. Enfin, elle pouvait avoir la certitude que ce qui se passait dans sa vie n’était pas le fruit de son imagination, d’autres vivaient la même chose. Prendre connaissance du problème n’apporta guère de solution. Le manque de soutient étant donné qu’elle était majeure, le refus de ses proches de croire en la maladie et le fait de vouloir encore et encore perdre du poids ont fait en sorte que Marie-Claude a fait osciller l’aiguille du pèse-personne à un faible 70 livres… «Quand j’ai découvert les laxatifs, c’est comme si j’avais gagné le gros lot! Je prenais 90 laxatifs en deux jours. Après, j’ai découvert que l’alcool coupait mon appétit pendant plusieurs jours. Mais c’était devenu excessif. Je perdais la notion de danger. J’étais devenu la maladie.» Une lueur d’espoir est arrivée dans la vie de ses proches lorsqu’elle est tombée enceinte pour la première fois. «Quand j’ai été enceinte, tout a changé. J’ai arrêté de vomir pour mon bébé. Mais après avoir accouché, tout a recommencé», explique-telle, en ajoutant qu’à son deuxième enfant, la même chose est survenue. À 39 ans et toujours malade Maintenant âgée de 39 ans, mère de deux enfants et étudiante en psychologie à l’Université du Québec à Trois-Rivières, Marie-Claude est encore vulnérable. «C’est un cercle vicieux. Il suffit d’un élément déclencheur… explique-t-elle. Elle contrôle cependant mieux l’anorexie . Demeurant avec un conjoint la respectant et acceptant la maladie, Marie-Claude est moins excessive dans ses gestes. «Avant, toutes les raisons étaient bonnes pour me peser: j’ai bu de l’eau, j’ai été aux toilettes… Je pouvais monter sur la balance 15 à 20 fois par jour. Maintenant, c’est beaucoup plus rare», mentionne-t-elle en ajoutant que dans l’apogée de sa maladie, elle regardait toujours ce qui était mis dans son assiette pour éviter par exemple que quelqu’un mette du lait avec 3,25% de matières grasses au lieu de mettre du lait écrémé; chose qu’elle contrôle davantage aujourd’hui. Son expérience de vie l’a mené à retourner sur les bancs d’école pour effectuer un baccalauréat en psychologie. «Je trouve qu’il manque de sensibilisation. J’essaie de sensibiliser à ma façon les gens. Je veux être psychologue pour donner des trucs. C’est mon expérience de vie qui m’a mené là», ajoute-t-elle. Voir l'album no 41: Texte publié dans "L'Hebdo du St-Maurice: Quand la nourriture devient une ennemie".
11 April Anorexie: Et le quotidien? Quel quotidien?Anorexie: Et le quotidien?...Mais quel quotidien
Les gestes habituels, que les gens font, avec l'air du temps, ne fonctionnaient pas avec mon trouble de l'alimentation. Je ne lavais pas les choses de la même manière.Je ne manipulais pas la nourriture de la même manière non plus. J'avais aussi décidé que plus personne ne toucherait à mon assiette. Après-tout, n'est-il pas vrai ce proverbe qui dit qu' on doit savoir prendre soin de soi-même avant d'aller vers les autres?
Je crois que dans les premiers temps de la maladie, j'arrivais bien à tenir le rôle. J'avais adopté un petit resto juste en face de l'UQAM, le "Café des prés", si je me souviens bien. Au tout début, on me regardait étrangement, alors que j'ordonnais bien fermement une salade au fromage bleu, avec la vinaigrette et les croûtons à part. Et ce rituel se répéta des années durant. La même salade, servie de la même façon, et ce peu importe où se trouvaient les différentes succursales de cette petite chaîne de resto.
Je trouvais les serveurs, plus particulièrement ceux qui travaillaient au restaurant de la rue St-Denis, réellement sympathiques. C'était un petit monde à l'intérieur, et avec le temps, je m'y suis insérée. Affichant assez leur orientation sexuelle, ils discutaient avec moi, trouvant tout autant que moi, l'irrationnalité de l'anorexie. Et je me souviens d'une soirée qu'ils avaient organisé où je n'étais que la seule fille présente. J'ai reçu cette invitation avec fierté, car marginale j'étais, et ces gens qui se considéraient marginaux eux-mêmes, m'avaient ouvert les bras. Petite confidence ici et là, on apprenait à se connaître ...Mais je ne mangeais pas mieux.
Je continuais toujours mon apprentissage du syndicalisme. Je m'étais même inscrite en droit afin de pouvoir mieux comprendre les relations de travail. Cumulant les fonctions de présidente, agente de grief et responsable des questions de santé-sécurité dans mon syndicat local, ainsi que celles de formatrice, journaliste occasionnelle, vice-présidente à l'information pour la centrale, plus particulièrement pour les régions de Montréal, Laval et Longueuil, le stress que je m'imposais afin de toujours maintenir cette image d'efficacité, de performance, commençait à faire ses ravages.
L'anorexie rampante, qui s'installe en nous, en se modelant sur notre corps, n'entends pas laisser la voie libre à qui que ce soit. Certaines anorexiques seront toujours restrictives. Mais cela se complique quand on tombe dans la catégorie un peu différente des "binge and purge".
Comme l'anorexie de type restrictive, celle qui touche la boulimie, (que certains appeleront anorexie-boulimie) est extrêmement complexe. Beaucoup plus instable, l'anorexique qui y succombe utilisera de multiples moyens pour poursuivre sa propre auto-destruction qu'elle confondra avec sa capacité de fonctionnement en société, ou même sa simple survie.
Les vomissements provoqués ont plusieurs "utilités". Evidemment, c'est une façon de maintenir un faible poids même lorsque la pression croissante, dûe à la sous-alimentation, craque et nous fait sombrer dans la boulimie, soit l'absorption extrêmement rapide (en général en moins de 20 minutes) d'une très grande quantité de nourriture, généralement considérée interdite par l'anorexique, dont on sait qu'elle ne sera pas conservée. Mais pour certaines, les vomissements provoqués sont aussi la possibilité du maintien d'un poids quasi-normal qui n'attirera plus aucun regard souvent désobligeant. Car je dois le dire: cette maladie attire difficilement la compassion. Les raisons? Alors qu'on observe de plus en plus un excès de poids chez les gens, comment comprendre ces jeunes filles, ces femmes filiformes qui nient avec véhémence cet état de fait? Souvent butées, obstinées, elles refusent les soins les plus urgents et on peut ressentir leur certitude de ne jamais ressembler à "ça". Et même les professionnels de la santé en arrivent à s'impatienter devant tant de résistance. J'ai connu tout ça sans baisser les yeux. Pourquoi l'aurais-je fait? J'avais raison!
L'utilisation de laxatifs est un des pièges le plus fréquemment utilisé par les anorexiques. Pourtant, intellectuellement, nous savons très bien que ces derniers ne serviront qu'à déshydrater le corps et nous donner une fausse impression de perte du poids, sans compter la douleur que peut comporter la prise quotidienne d'une soixante de ces petites pilules. Et le danger d'un débalancement électrolythique pouvant entrainer la mort est bien réel. Mais le rationnel ne prime pas toujours. En fait, c'est très souvent le postulat de départ d'un comportement qui n'est pas logique, simplement le postulat initial, car le cheminement intellectuel qui s'en suivra, sera, quant-à-lui, tout à fait logique. Et il s'agit là d'une autre des raisons qui attirent souvent l'impatience de l'entourage. En ce qui me concerne, l'utilisation de laxatifs s'est fait en dents de scie, jusqu'à ce qu'en septembre 1995, je passai deux jours dans le coma, branchée sur un respirateur et autres appareils de survie. A mon réveil, mon médecin me fit comprendre qu'il n'y aurait peut-être pas de "deuxième chance". C'est là que j'ai commencé à envisager l'idée de demander une consultation auprès de l'équipe de spécialistes de la clinique des troubles de l'alimentation de l'hôpital Douglas de Montréal. C'était un début, un simple début.
L'alcool se retrouve plus particulièrement chez les anorexiques de type purge. Pourquoi? Grosso modo, on semble croire qu'il existe des traits de personnalité similaires entre les alcooliques et ces anorexiques de type purge.
Le DSM-IV n'a pas séparé l'anorexie en deux sous-sections pour rien. Les anorexiques dites "restrictives" ont un fonctionnement différent de celles considérées de type "purge". Sans entrer dans les détails, on a pu constater, grâce à de nombreuses études, que les anorexiques restrictives, en général plus jeunes, vivent dans un monde extrêmement limité, qui bouge peu et sur lesquelles elles s'attendent à en maintenir le contrôle. Le perfectionnisme est à outrance. Il se crée de nombreux rituels alimentaires et autres qui vont diriger leur fonctionnement. Le rituel alimentaire qu'on remarque souvent se retrouve à la table: les anorexiques triturent la nourriture, elles la coupent en petits morceaux , la séparent par couleur, par type et peuvent poursuivre ce petit jeu des heures durant, toujours en espérant ne pas devoir terminer l'assiette. Et puis il y a toujours les petites serviettes de table dans lesquelles peuvent être dissimulés de petits morceaux de nourriture. Tout cela pour dire que les périodes de repas ne sont plus ces instants privilégiés où les membres de la famille en profitent pour échanger. Elles sont devenues des champs de bataille.
Au niveau académique, elles visent encore et toujours la perfection. Elles s'éloignent de leurs cercles d'amies, s'expriment de moins en moins et la dénutrition transparaît de plus en plus. Vivant dans un univers où elles ont toujours si froid, n'ayant plus leurs règles, souvent anémiques, perdant leurs cheveux ainsi que le calcium dans leurs os, ces anorexiques restrictives finiront par ne plus pouvoir échapper à l'intervention médicale.
Les anorexiques de type purge, quant à elles présentent un autre visage.
(à suivre)
Voir le diaporama no 40: Anorexie: Et le quotidien? Quel quotidien? 08 April Quelques petits "musts" à lire: A la veille possible d'élections canadiennes et celles très certaines des américaines en novembre 2008Quelques petits "musts" à lire: A la veille possible d'élections canadiennes et celles très certaines des américaines en novembre 2008
Le tout premier ouvrage, écrit par Chantal Hébert* (rappelez-vous son passage remarqué à "Tout le Monde en Parle" et ses échanges assez robustes avec Mario Dumont, du pur délice!). Comme nous aurions aimé la voir avec les deux autres candidats que Guy A. Lepage avait aussi reçus à son émission) intitulé en version originale anglaise "French Kiss: Stephen Harper's Blind Date With Quebec ", 2007, ou en traduction française: "French Kiss: Le Rendez-Vous de Stephen Harper avec le Québec", 2007, Éditions de l'Homme". Je dois admettre ici que la traduction (si traduction il y a eu car Mme Hébert est parfaitement bilingue) respecte en tout point le texte original.
Qui aurait cru que la politique canadienne pouvait être si complexe, enlevante et même imprévisible? Assurément pas moi! Je me souviens de ces cours obligatoires, plutôt ennuyants, suivis durant mon baccalauréat en sciences politiques à l'UQAM où seuls les cours de Thierry Hentch sur le Moyen-Orient, et de Jacques Lévesque, sur l'Union Soviétique (c'est d'ailleurs ce dernier qui m'a incitée à suivre des leçons de russe et d'entreprendre plus tard un voyage de trois semaines dans un pays au bord de l'implosion sous le poid de ses multiples contradictions) trouvaient grâce à mes yeux.
Cet essai sur l'état de la fédération canadienne nous plonge sous les après du Lac Meech, de Charlottetown, le référendum crève-coeur pour plusieurs de 1995, la montée d'une droite, menée d'une main de fer par un Stephen Harper qui prend des airs de plus en plus assurés "d'homme d'état", qui assuma un coup assez fatal aux ambitions d'un Paul Martin déjà fort affaibli par les effets du scandale des commandites. Sans tomber dans la simplicité banale, Mme Hébert nous permet de suivre cet étrange animal politique qu'est Stephen Harper, plus particulièrement aux yeux de bon nombre de québécois souverainistes qui se sont éveillés, un matin, avec ce gouvernement conservateur minoritaire, qui avait tout de même pu accéder au pouvoir grâce à la votation provenant du Québec (quelle ironie, n'est-il-pas?), sans pour autant négliger les apports qu'elle considère positifs, du Bloc québécois à la Chambre des communes et à son fonctionnement. Connaissant personnellement son chef, Gilles Duceppe, alors qu'il était conseiller syndical à la Fédération du commerce de la CSN, la description de sa rigueur intellectuelle est tout à fait à l'image de ce que j'ai pu observer, en tant que militante et plus tard, salariée de la centrale.
Comme l'excellente journaliste qu'elle est, Chantal Hébert décortique et présente les différentes facettes des hommes et des, fort malheureusement, peu nombreuses femmes qui se retrouvent dans notre paysage politique. Je mets ici au défi quiconque de pouvoir me dire de quel côté penche le coeur politique de Mme Hébert. Evidemment que je n'y suis pas parvenue! J'attends vos commentaires là-dessus.
Le second ouvrage jusqu'à date ne se trouve qu'en version originale anglaise. "Tempting Faith: An Inside Story of Political Seduction" de David Kuo, mais je peux vous assurer qu'il s'agit là d'un ouvrage fort abordable au niveau de la langue. C'est un voyage à l'intérieur de la droite religieuse américaine, de ses nombreux activistes qui ont énormément contribué à l'élection de Georges W. Bush en 2000 et à sa réélection en 2004, à coup de promesses non tenues, de subventions de la part de l'Administration nouvellement élue. C'est aussi la désillusion d'un jeune homme, venu à Washington pour servir les John Ashcroft, Ralph Reed, Pat Robertson, Bob Dole, espérant faire coïncider ses valeurs religieuses qu'on peut facilemement qualifier de "conservatrices" (anti-avortement, renforcement du mariage religieux, opposition à l'union gaie,etc...) avec les politiques républicaines de l'équipe Bush fils. De promesse non tenue à promesse encore non tenue, David Kuo a vécu une expérience troublante où sa foi, ansi que celle de milliers d'américains, s'est vu corrompre par les différentes politiques gouvernementales. Tel que l'auteur le dit lui-même, il s'est plutôt vu manipuler la croyance de la population à des fins politiques. De nombreux fonds furent utilisés électoralement dans des états sensibles au cours d'événements tenus par les républicains. Ce qui devaient être des subventions présumément accordées à des groupes religieux se trouvaient "indécemment" recyclées en fonds politiques. C'est ainsi qu'avant et après le 11 septembre 2001, malgré ses multiples déclarations de foi publiques, Georges W. Bush n'a tout simplement pas respecté aucun de ses engagements, allant même, en privé, jusqu'à qualifier ces organismes "d'idiots", selon les mots mêmes de l'auteur.
Je ne partage pas les croyances religieuses de M. Kuo, mais je ne mets aucunement en doute sa sincérité. Ce livre trouve son intérêt en nous faisant mieux voir les liens extrêmement serrés qui existent entre la politique et la religion dans le paysage américain. Il n'est à peu près pas possible pour les politiciens qui désirent demeurer en place de ne pas invoquer leur foi, de ne pas insister sur l'importance de Dieu dans leur vie quotidienne. Sincérité ou opportunisme? Un peu des deux mais ce chemin est incontournable.Demandez-le à Hillary, à Obama, à John Edward...Demandez-le aussi à McAin, à Giuliani? Dès le début de son premier mandat, Bush a su jouer cette carte, tout comme les John Ashcroft, Donald Rumsfeld et autres...Sachant ce que nous savons maintenant de cette Administration, je vous laisse, à vous lecteurs, le choix de décider de la profondeur de ces professions de foi. Qui trop parle, mal étreint, n'est-ce-pas?
Le troisième ouvrage "State of Denial" de Bob Woodward se situe, tant au niveau du traitement de l'information que de l'écriture, plutôt au niveau de l'essai de Chantal Hébert. Jusqu'à date, uniquement disponible en anglais, le niveau de langage est beaucoup plus soutenu que celui de David Kuo, ce qui peut en faire un ouvrage plus difficile d'approche. Mais ayant déjà passé par ce chemin-là, je peux vous assurer qu'avec l'aide d'un bon dictionnaire bilingue, on peut en venir à bout.
"State of Denial" examine la façon dont l'Administration Bush a su manipuler les faits concernant l'Irak dans ses interventions tant au public, au Congrès, à la Chambre des représentants et très souvent à eux-même avant le déclenchement de cette guerre, le 6 mars 2003. Nous connaissons aujourd'hui les rôles cruciaux de Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Condoleeza Rice, mais nous ignorons peut-être l'importance cachée d'un Henry Kissinger, veillissant, semblant ne pas s'être remis de l'échec du Vietnam.
D'une façon détaillée, Bob Woodward nous révèle de quelle façon, Andrew Card, le responsable du personnel à la Maison-Blanche a tenté durant dix-huit mois, à plusieurs reprises, d'obtenir le remplacement de Donald Rumfeld comme Secrétaire à la défense, se heurtant au refus du président et de son vice-président. Quand à Rumsfeld lui-même, dans une note de service datant de 2006, révélait que "la coordination entre les départements et agences étant brisé, le système actuel de gouvernement rendait la compétence quasi-impossible".
Que s'est-il passé suite à l'invasion de l'Irak? Pourquoi? Comment Georges W. Bush prend-il ses décisions et gère une guerre qu'il a choisi afin de définir sa présidence? Existe-t-il un plan réaliste afin d'atteindre une victoire encore promise? Ce sont quelques unes des questions auxquelles cet ouvrage tente de répondre.
S'il était possible de cristalliser le point culminant, qui démontrerait l'incapacité d'un président à prendre d'efficaces mesures dans la gestion d'une guerre, on y serait. Dans ce troisième ouvrage qui explore le véritable carnage tant politique qu'administratif suivant les attentats commis le 11 septembre 2001, le légendaire Bob Woodward dissecte la conduite de l'administration Bush dans sa conduite de cette guerre sanglante en Irak. Et le tableau n'est pas rose. L'écriture directe, parfois désarmante, remplies d'anecdotes, ne fait que rendre encore plus puissante l'évocation de ce scénario qui a tourné à l'horreur tout simplement. L'incompétence et l'arrogance démontrées par les plus hauts membres de la branche exécutive du gouvernement en place sont dérangeantes surtout lorsque confrontées aux voix des civils et des soldats qui ne sont pas parvenus à ouvrir les yeux de l'administration républicaine sur les nombreux échecs rencontrés en Irak, tant en ce touche les défis complexes de la sécurité à de simples problèmes de logistique concerant le manque de traducteurs par exemple!
Incapables de gérer cette guerre qu'ils avaient pourtant amorcée, les Georges W. Bush, Vice-président Cheney, Secrétaire à la défence, Donald Rumsfeld, et la conseillère à la sécurité nationale, Condoleeza Rice n'ont pas su être à la hauteur, tout simplement.
Plusieurs des charges nous sont familières: Le manque de regard critique du président, l'obsession de Dick Cheney face aux WMD, soit les armes de destruction massives, et fort malheureusement pour Rice, car cette dernière est particulièrement brillante, on la considerait comme ayant été "la pire des conseillères en matière de sécurité des temps modèrnes". Pas très reluisant dans un résumé! Mais l'étoile de ce spectacle déconcertant revient malgré tout à Donald Rumsfeld, qui préside avec sa façon ulta-confidentielle qui laisse même, par instant, Woodward littéralement sans voix. On dit que le journalisme est la première page de l'histoire, alors l'écrit de Woodward devrait être lu par tous les futurs historiens à en devenir....
Voir album no 39: Quelques petits "musts" à lire: A la veille possible d'élections canadiennes et celles très certaines des américaines en novembre 2008
* Chantal Hébert est une chroniqueuse chevronnée, affectée aux affaires nationales au Toronto Star, et chroniqueuse invitée pour "Le Devoir" de Montréal, sans compter les différentes apparitions qu'elle effectue dans les médias tant anglophones que francophones.Elle a été correspondante de Radio-Canada à Queen's Park et au Devoir sur la colline parlementaire fédérale et je sais qu'il ne s'agit que d'un aperçu rapide de son curriculum vitae.
** David Kuo a servi d'assistant général sous la présidence de Georges W. Bush de 2001 à 2003. Il a travaillé pour de nombreux dirigeants conservateurs tel que John Ascroft, William Bennet, Jack Kemp, Bob Dole. Il dirige actuellement de Washington le site internet "Beliefnet"
*** Bob Woodward travaille au Washington Post depuis plus de 35 ans. Il est l'auteur de plus d'une dizaine d'ouvrages autorisés ou non, qui se sont retrouvés au numéro 1 des bestsellers au niveau national. Notons qu'il s'agit de l'un des deux journalistes qui ont mis à jour le scandale du Watergate dans les années 70. "State of Denial" est le troisième volet d'une trilogie sur les années Bush, soit "Bush at War" (I) 2002, "Plan of Attack" (II) 2004. |
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