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12 October Une cage doréeLa faim sans fin...
Depuis quelques semaines déjà, on voit à la première page des magazines, ces photos de jeunes femmes, actrices, top- modèles et que sais-je...amincies, amaigries, tenant malgré tout la tête haute, et le regard droit devant. Il est difficile d'y lire des émotions quelconques en observant ces simples images figées. On ne peut que constater l'extrême minceur des ces personnes.
La semaine de la mode de Madrid, avait bien fait parler d'elle en adoptant une règle: Les mannequins qui n'afficheraient pas un indice de masse corporelle(BMI) de 18 et plus, ne seraient pas autorisées à parader sur le "catwalk". "Bon coup!" pour certains, "Inutile et discriminatoire" , pour d'autres. Comme on le comprend bien, le message, que les organisateurs de cette semaine de la mode madrilène voulaient afficher , visait à se dissocier de cette tendance qui, associe depuis bon nombres d'années, le mannequinat et les troubles de l'alimentation.
Le sujet de l'anorexie revient souvent à l'avant-scène et ce, généralement lorsqu'il se produit des événements spéciaux. Ce mois de mars qui est celui de l'alimentation, nous amènera sûrement à nous interroger de nouveau sur les troubles de l'alimentation, sur l'image de la femme de la femme telle que diffusée dans les différents médias, sur l'émergence de symptômes inquiétants chez une clientèle de plus en plus jeune. Mais il existe aussi un autre visage de l'anorexie. Celui ou la personne n'est plus considérée comme une adolescente lorsque les premiers symptômes surgissent, soit au début de la vingtaine, par exemple. Je fais partie de cette catégorie. Mon trouble de l'alimentation a débuté aux alentours de mes 21-22 ans, la résultante d'une diète qui n'a jamais su s'arrêter. A ce moment-là, l'aide que j'aurais dû recevoir ne m'était plus accessible. Étant majeure, les soins de l'hôpital Ste-Justine ne s'adressaient plus à moi. Je suis donc demeurée avec une problématique qu'on associait quasi- automatiquement avec l'adolescence. En 1983, l'unité des troubles de l'alimentation, sous la direction du Dr. Steiger de l'hôpital Douglas n'étant pas encore ouverte (elle allait le faire en 1987). une personne adulte, ayant un diagnostic confirmant l'anorexie, était plus ou moins laissée à elle-même. Si le milieu hospitalier n'offrait pas de services particuliers aux personnes souffrantes ainsi qu'à leur entourage, comment imaginer que justement les gens autours, la famille, les amis, sauraient comment réagir face à un ensemble de comportements difficilement compréhensibles vues de l'extérieur. Personne ne savait vraiment. J'ai compris ce dont je souffrais, lorsque j'ai eu en main, un article de l'Actualité, je crois, qui parlait de ce désordre alimentaire, suite au décès subit de la chanteuse de 32 ans, Karen Carpenter, leader du groupe américain "The Carpenters". J'ai vu, sous mes yeux, le détail de ce que je vivais jour après jour, dans un magazine. C'était comme si je venais de découvrir la lune! Je n'étais pas seule. Mes problèmes avaient un nom. Ce n'était pas une création de mon imagination trop fertile, comme certains avaient pu dire. Un bref moment de bonheur...Bref, parce que de connaitre le problème ne signifie nullement son règlement. Ainsi, entre 1983 et 1996, j'ai rebondi dans des bureaux de médecins généralistes, de médecins spécialisés, de psychologues, et j'en passe, sans que ne s'améliore ma condition. J'ai tenté les innombrables approches qu'on me suggérait, avec une réelle bonne volonté: Je devais faire face à mes propres difficultés et non plus me réfugier, telle une accro, à l'anorexie. Cette maladie avait envahi bon nombre de mes mécanismes de fonctionnement et je me voyais sombrer dans toutes ces règles qui s'imposent quand on désire être une "bonne anorexique" (alimentation, calories, poids, etc.). Il ne restait que peu d'espace pour tout le reste. Ma condition devenait de plus en plus chronique. Je ne souffrais pas de troubles alimentaires: j'étais anorexique. La maladie était devenue mon identité. En 1996, affaiblie, complètement isolée, incapable de fonctionner tant physiquement que psychologiquement, je me suis retrouvée face à une équipe, tout à fait outillée face à cette condition, soit celle du Dr. Howard Steiger, qui s'était mise en place à l'hôpital Douglas. Douze années plus tard, je venais de trouver l'endroit ou on savait quoi faire...Douze ans...Entre 1996 jusqu'à ce jour, j'ai suivi: - Environ 6 programmes d'hôpital de jour ( 4 jours par semaine sur une période de 8-10 semaines)
- 2 hospitalisations (entre 3-4 mois chaque) - Des innombrables sessions individuelles de traitements (psychologues, médecins spécialistes, nutritionnistes...)
Et je n'inclue pas le nombre de fois ou l'hospitalisation m'avait été représentée et ou j'avais refusée. Les mannequins se suivent et se ressemblent. La maladie suit et s'installe. Elle s'installe si bien que la guérison s'avère, alors que le temps coule, de plus en plus improbable...On parlera alors de l'élaboration d'un certain nombre de règles pouvant potentiellement permettre de mieux "cohabiter"avec cette voisine si envahissante. Voilà l'autre visage de l'anorexie...celui dont on ne parle pas, celui qui ne prévoit aucune fin heureuse (en fait qui ne prévoit absolument rien). Je suis toujours anorexique, avec des périodes parfois plus faciles et d'autres pires). Je ne parviens pas à concevoir une réalité sans "elle"...et durant toutes ces années, cette anorexie ne s'est pas nourrie d'images de magazines ou de télé: elle s'est nourrie de moi. Avec ceci, je ne voulais que dire que cet autre visage de l'anorexie existe, qu'en le constatant, il nous permet, j'en suis certaine, d'utiliser tous les moyens possibles visant une meilleure qualité de vie. Je remercie énormément tous ceux qui auront lu ce texte. Juste le fait de savoir que quelqu'un en a pris connaissance, me réchaude déjà le coeur: l'espace de quelques minutes, il aura vécu! Emilyn
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